Fonds monétaires européens : on ferme !

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Les temps sont durs pour les gérants de fonds monétaires européens, qui investissent dans de la dette sûre et de court terme. En moins de deux semaines, des fonds représentant 50 milliards de dollars d\'encours, soit 36% du total des encours des fonds monétaires européens, ont été fermés à de nouvelles souscriptions, totalement ou partiellement, a indiqué jeudi l\'agence d\'évaluation financière Fitch Ratings, lors d\'une conférence téléphonique.La banque américaine JPMorgan avait ouvert le bal le 6 juillet, en gelant temporairement cinq de ses fonds monétaires européens. Les gérants d\'actifs américains BNY Mellon et Northern Trust lui avaient emboîté le pas quelques jours plus tard, et la liste ne cesse de s\'allonger. Plus mesurés, la banque Goldman Sachs et le gestionnaire d\'actifs BlackRock n\'ont pas gelé leurs fonds monétaires européens, mais ont réduit le montant des nouvelles souscriptions susceptibles d\'être réalisées par des caisses de retraite et autres investisseurs institutionnels.Les fonds monétaires européens ne rapportent plus que 0,35%A l\'origine de ces initiatives, courantes chez les fonds spéculatifs mais inhabituelles dans l\'industrie des fonds monétaires : la baisse des taux directeurs de la BCE (Banque centrale européenne), décidée le 5 juillet, avec un taux principal et un taux de dépôt respectivement ramenés à 0,75% et à 0%. Ces abaissements pèsent sur la rémunération des emprunts d\'Etat : le 9 juillet, la France a emprunté de la dette à court terme à des taux négatifs, du jamais vu, et, mercredi 19 juillet, l\'Allemagne a, elle aussi, levé quelque quatre milliards d\'euros à un taux de -0,06%. Or les fonds monétaires européens sont précisément investis en emprunts d\'Etat. Ils risquent donc de servir à leurs investisseurs des rendements de plus en plus faibles, voire négatifs. D\'ailleurs, ils ne rapportent plus en moyenne que 0,35% depuis janvier, selon le cabinet EuroPerformance SIX Company.En 2008, des fonds monétaires américains avaient été liquidésAfin d\'éviter que cette rémunération déjà faible ne soit diluée par l\'arrivée de nouveaux investisseurs, nombre de fonds monétaires européens ont donc décidé de se fermer temporairement. Une situation qui rappelle furieusement celle des fonds monétaires américains, il y a quatre ans. En 2008, afin de redonner un peu d\'allant à une économie américaine en pleine crise, la Réserve fédérale avait abaissé ses taux directeurs à des niveaux très faibles, plombant ainsi la rentabilité des fonds monétaires américains. Dans cette tempête, certains fonds n\'avaient pu se contenter d\'une fermeture temporaire, et avaient été acculés à une liquidation pure et simple. Cela avait été le cas de Calamos, Janus ou Credit Suisse Asset Management.Concentration en vueLes fonds monétaires européens n\'en sont pas encore là. Mais, pour maintenir des rendements supérieurs à 0% afin d\'éviter une fuite des investisseurs vers des actifs plus rémunérateurs, ils vont devoir réviser leur stratégie. Notamment en matière de frais de gestion. Ceux-ci s\'élevant en moyenne à 0,10%, alors que les fonds monétaires européens ne rapportent plus que 0,35%, il ne reste plus grand-chose aux investisseurs, une fois ces « fees » payés... « Les frais de gestion devront être diminués, pour maintenir un rendement positif », décrète Fitch. Mais tous les fonds, en particulier les plus petits, ne pourront se permettre pareil geste commercial. Nul doute que la concentration des fonds monétaires européens va s\'accélérer, au cours des prochains mois, à l\'image de la concentration survenue aux Etats-Unis en 2008.Des dommages collatérauxReste que les malheurs des fonds monétaires ne se limitent pas à leur propre industrie. Pour Gregori Volokhine, directeur de la stratégie de courtage chez Meeschaert New York, les fermetures de fonds pourraient avoir, dans quelques semaines, de graves conséquences sur la capacité de financement d\'organismes européens. Les fonds monétaires jouent en effet un rôle très important dans la circulation des liquidités au sein de l\'économie.  

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