La France a perdu son triple A, et alors ?

 |   |  977  mots
La dégradation de la note souveraine de la France par Moody's cette nuit a un impact limité sur les taux d'emprunt très bas dont elle bénéficie, comme les économistes cités par Reuters hier le prévoyaient, en plein débat sur la fragilité de la deuxième économie européenne. Avant la communication de cette agence de notation sur la France, l'hebdomadaire britannique The Economist a dépeint le pays en bombe prête à exploser."Il faut arrêter de penser que c'est la dernière chance pour la France, on a un peu de temps devant nous"Ce diagnostic est démenti par plusieurs économistes, qui confirment cependant les interrogations des investisseurs. "Nous recevons beaucoup de questions sur la possibilité que la France soit le prochain problème de l'Europe", déclare Michel Martinez, chef économiste chez Société générale CIB. "On sent des interrogations sur la capacité du pays à se réformer et sur la direction prise par le gouvernement." Mais, ajoute-t-il, "j'ai du mal à imaginer quels peuvent être les déclencheurs d'une crise majeure pour la France. Il faut arrêter de penser que c'est la dernière chance pour la France, on a un peu de temps devant nous". Quant à Moody's, "je pense qu'un éventuel 'downgrade' aurait un impact limité sur les rendements actuels".La France emprunte actuellement à des taux extrêmement faiblesDégradée de AAA à AA+ en janvier par Standard and Poor's, la France emprunte actuellement à des taux bas record, ce qui contribue à réduire son déficit public, les dettes arrivant à échéance étant remplacées par des emprunts moins coûteux. Les rendements des titres de dette française, qui reflètent les taux auxquels le pays emprunte, sont proches de leurs plus bas historiques. Il était d'environ 2,07% lundi pour la dette à 10 ans sur la plate-forme de transaction Tradeweb contre un plus bas d'environ 2,01% début août. Du fait de taux encore plus bas pour la dette allemande, le "spread" franco-allemand (l'écart de rendement entre les dettes françaises et allemandes de même maturité) est moins favorable. Il était d'environ 72 points de base lundi pour la dette à 10 ans contre 50 un mois plus tôt, mais ce niveau reste très inférieur aux plus de 150 points atteints au mois d'avril.Sur les marchés, "la France est déjà cotée moins favorablement qu'un 'triple A'"."Je ne pense pas qu'au lendemain d'un changement de notation, les spreads bougeraient de façon significative", déclarait hier Fabrice Montagné, économiste chez Barclays. "Le marché est en général en avance sur les agences de notation et ajuste les prix bien avant la publication des ratings", ajoutait-il, en soulignant qu'à la vue des spreads, "la France est déjà cotée moins favorablement qu'un 'triple A'". "S'il devait y avoir de nouvelles informations défavorables sur l'état de l'économie alors oui, le spread s'écarterait pour refléter un nouveau diagnostic, mais cela dépend évidement plus des évolutions réelles que des agences de notation."Et de fait, ce mardi matin, le taux d'emprunt à 10 ans de la France n'affiche qu'une légère hausse sur le marché obligataire, signe que la dette française n'était pas affectée outre mesure par la décision de Moody's de retirer au pays son triple A. Vers 8h30, le taux de référence français progressait à 2,096%, contre 2,073% lundi à la clôture, et l'écart avec l'Allemagne se creusait très légèrement à 0,75 point de pourcentage, puisque le taux allemand reculait à la même heure à 1,349% (contre 1,355%).Tout le monde s'en ficheSelon un trader basé à Londres, "une dégradation de la part d'une agence n'est peut-être pas suffisante pour bouleverser le paysage". "Nos équipes ont fait le tour de plusieurs clients récemment et tout le monde s'en fiche. En fait, il y a même plus d'acheteurs qui attendent en coulisses."Pour Nicolas Spiro, directeur du cabinet Spiro Sovereign Strategy, "la France reste l'une des plus grandes anomalies dans le paysage du crédit souverain européen". "Les problèmes de l'Espagne et de l'Italie maintiennent les rendements français à un niveau bas", écrit-il. "La résilience du marché obligataire français devrait persister."Des ventes automatiques d'ampleur limitéeLa dégradation déclenchera des ventes automatiques de titres de dette française de la part d'investisseurs qui ne détiennent que des titres "triple A". Mais ces ventes devraient être d'une ampleur "très limitée", selon plusieurs économistes. "Même si la France perdait son 'triple A' auprès de Moody's ou de Fitch, le montant des ventes liées aux indices obligataires serait proche de zéro", écrivaient en particulier les stratégistes taux de Morgan Stanley hier, dans une note.PerspectivesMoody's, comme Fitch et Standard and Poor's, conserve une perspective négative sur la note qu'ils donnent à la France (Aa1 pour Moody's, AAA pour Fitch et AA+ pour S&P), ce qui signale qu'une autre dégradation est possible à moyen terme. Les analystes de Citi estiment que le spread franco-allemand devrait s'écarter l'an prochain, en raison d'un équilibre moins favorable entre l'offre de titres français et la demande des investisseurs pour ces derniers. Pour ceux de Bank of America Merrill Lynch, "le rythme et l'ambition des réformes doivent être élevés pour que la France reste une coqueluche des marchés". Moins positif, Lyn Graham-Taylor, stratégiste chez Rabobank, à Londres, s'attend à un écartement des spreads franco-allemands. "Nous pensons que le marché se prépare à 'shorter' la France en 2013", déclare-t-il. "C'est le trade auquel tout le monde veut participer, les gens en parlent depuis un mois ou deux. Ils cherchent un déclencheur."Pour aller plus loin :Comparez les taux d'emprunt de la France avec ceux des principaux pay

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :