Annonçant une stagnation, l'Insee enterre la prévision de croissance du gouvernement

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Beaucoup d\'indicateurs négatifs, voire très négatifs, mais pas de récession en vue. L\'Insee, qui publie une note de conjoncture portant sur le premier semestre 2013, fait preuve d\'un -relatif- optimisme, en prévoyant une très légère hausse du PIB (+0,1%) au premier comme au deuxième trimestre 2013. Un chiffre qui permet d\'éviter de parler de stagnation et encore moins de récession, alors que le gouvernement s\'accroche à sa prévision de 0,8% de croissance pour l\'ensemble de 2013. Est elle encore du domaine du possible ? « Il faudrait que les aléas favorables de notre scénario se concrétisent dès le début de l\'année » répondent les experts de l\'Insee. Autrement dit, si tout repart comme par enchantement dans 10 jours, le premier janvier, alors Bercy pourrait voir sa prévision validée. Et si ce n\'est pas le cas, si le PIB stagne jusqu\'à fin juin comme le prévoit l\'Insee ? Alors il faudrait 1% de croissance chaque trimestre suivant, pour parvenir à +0,8% sur l\'ensemble de 2013. Inimaginable. Autant dire que la prévision du gouvernement, sur laquelle est fondé le budget 2013, est bel et bien enterrée.Pierre Moscovici ne fera pas amende honorablePierre Moscovici, le ministre de l\'Economie, va-t-il faire amende honorable et revoir ses chiffres à la baisse? Non, car ce serait admettre que le budget 2013 n\'est pas totalement sincère. Il faudrait alors préparer un collectif budgétaire -loi de finances rectificative- pour le revoir. Avec, à la clé, de nouvelles hausses d\'impôts pour parvenir à limiter le déficit public à 3% du PIB en 2013. Impensable. Le gouvernement va donc continuer de faire comme si... comme s\'il pouvait encore tabler sur une croissance frôlant les 1% l\'an prochain. En attendant que la réalité des comptes s\'impose, et qu\'il trouve le moyen de négocier habilement avec Bruxelles et l\'Allemagne un report à 2014 du déficit limité à 3%.Comment les conjoncturistes de l\'Insee sont-ils parvenus à leur prévision d\'une très légère croissance, début 2013 ? Il est vrai que les indicateurs présentés n\'incitent pas à l\'optimisme. Le climat des affaires est dégradé, le secteur du bâtiment va entrer en récession, et la production industrielle va reculer au quatrième trimestre 2012. La production automobile est notamment en forte baisse. Elle a chuté de 15,8% en septembre (par rapport à août, données corrigées des variations saisonnières) et de 4,7% en octobre, par rapport au mois précédent. Ce phénomène va impacter l\'ensemble de la production industrielle, dont l\'Insee s\'attend à qu\'elle baisse de 1,5% au quatrième trimestre de 2012. Selon l\'Institut de la statistique, cette production manufacturière cesserait de chuter et se stabiliserait au cours des deux premiers trimestres de 2013. Un pari ?Un rebond des exportations?A l\'appui de cette prévision, les conjoncturistes de l\'institut national de la statistique mettent en avant un rebond des exportations (+0,7% au premier trimestre, +0,8% au deuxième), qui serait lié à une dépréciation du taux de change de l\'euro, en 2012, facteur de développement des ventes à l\'étranger. Mais, ces derniers jours, l\'euro ne cesse, au contraire, de regagner du terrain... Par ailleurs, l\'Insee table sur stabilité de l\'investissement des entreprises, tout en admettant qu\'un risque existe à cet égard : le taux d\'investissement (dépenses d\'équipement/valeur ajoutée) reste à un niveau élevé, supérieur à celui du début de l\'année 2000, alors que la croissance atteignait des sommets. Un décrochage peut-il se produire ? Les enquêtes auprès des chefs d\'entreprise ne le laissent pas penser. Mais cette anomalie pourrait se corriger rapidement, et l\'investissement chuter brutalement.Risque d\'une récessionBref, le risque existe à l\'évidence que le PIB ne stagne pas début 2013, mais soit, orienté à la baisse. Autrement dit, que l\'économie française plonge dans la récession. Elle y a déjà un pied en cette fin d\'année, puisque, selon l\'Insee, l\'activité devrait reculer (-0,2%) au quatrième trimestre 2012. Il suffirait d\'un trimestre supplémentaire de baisse du PIB pour caractériser une situation de récession. Dans ces conditions, l\'emploi dans les secteurs marchands (hors administration) reculerait encore plus franchement que prévu. L\'Insee prévoit 47.000 suppressions d\'emplois au dernier trimestre 2012, puis 38.000 et 37.000 aux premier et deuxième trimestre. Et un taux de chômage de 10,5% en France métropolitaine, non loin du record de début 1997 (10,8%). Si la France entre en récession, ce record sera largement dépassé... 

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