Spinetta lâche les rênes d'Air France-KLM plus tôt que prévu

Changement de têtes à Air France-KLM et à Air France. Dix-sept mois après la guerre des chefs qui a opposé Jean-Cyril Spinetta et Pierre-Henri Gourgeon, à l\'époque respectivement président du conseil et directeur général exécutif d\'Air France et d\'Air France-KLM, qui fut tranchée par le départ forcé de ce dernier, le conseil d\'administration du groupe se réunira lundi pour aborder la question de l\'évolution de la gouvernance. Selon plusieurs sources concordantes, le PDG d\'Air France-KLM Jean-Cyril Spinetta, 70 ans en octobre, va indiquer aux administrateurs qu\'il quittera ses fonctions de PDG et d\'administrateur cet été (en juillet probablement), avant la fin de la limite statutaire pour ce poste, au printemps 2014 (au moment de l\'assemblée générale qui validera les comptes de l\'exercice 2013). Le schéma de sa succession est déjà ficelé. Alexandre de Juniac, 50 ans, l\'actuel PDG d\'Air France, lui succèdera à Air France-KLM. Frédéric Gagey, 57 ans, aujourd\'hui directeur financier d\'Air France, prendra les rênes de la compagnie française. En deux temps. Il devrait d\'abord être nommé directeur général de la compagnie pendant une année durant laquelle Alexandre de Juniac, en plus de ses fonctions à la tête d\'Air France-KLM, conservera celle de président d\'Air France. Au bout de cette période de transition, Frédéric Gagey prendra le poste de PDG d\'Air France. Un scénario validé depuis quelques semaines par Alexandre de Juniac, Jean-Cyril Spinetta et les administrateurs membres du comité de nomination, lesquels se sont réunis plusieurs fois. Les représentants de l\'Etat au conseil sont informés. Un schéma en harmonie avec le changement de tête chez KLM avec la nomination en janvier de Camiel Eurlings à la présidence du directoire de KLM à la place de Peter Hartman. Ce changement sera effectif cet été.Renforcement du holdingSi Jean-Cyril Spinetta avait indiqué l\'an dernier en interne qu\'il quitterait ses fonctions « au plus tard » au printemps 2014, la décision de lâcher les rênes dès cet été a visiblement été prise en 2013. A ses yeux, les objectifs fixés par le conseil au moment où il a repris les manettes opérationnelles du groupe en octobre 2011 (le 1er janvier 2009, il avait pris du recul en confiant les fonctions exécutives à son numéro 2 Pierre-Henri Gourgeon tout en étant président du conseil) seront engagés en juillet. Il s\'agit de la restructuration des deux compagnies du groupe et de la mise en place de la nouvelle structure qui vise en renforcer le pouvoir du holding Air France-KLM au détriment des compagnies opérationnelles Air France et KLM. Ceci en y faisant monter de nombreuses fonctions dévolues jusqu\'ici aux compagnies. La mise en place de cette nouvelle organisation est prévue cet été. Le départ de Jean-Cyril Spinetta marquera la fin d\'une aventure commencée en septembre 1997 lorsqu\'il fut nommé à la tête d\'Air France après la démission de Christian Blanc. Egalement président du conseil de surveillance d\'Areva, qu\'il aimerait quitter depuis plus d\'un an, Jean-Cyril Spinetta attend que l\'Etat lui trouve un successeur. Cela était le cas en début d\'année en la personne de Denis Ranque, l\'ancien PDG de Thales. Selon nos sources, l\'Etat comptait le nommer à la tête du conseil de surveillance du groupe nucléaire, avant de changer d\'avis pour lui confier la présidence non exécutive d\'EADS pour régler la polémique autour du choix d\'Anne Lauvergeon.Juniac, un sans faute jusqu\'à présentPour Alexandre de Juniac, il s\'agit pour l\'heure d\'un sans-faute. Il y a deux ans, il était au centre du « psychodrame » qui secoua le groupe. Préparant sa succession, Pierre-Henri Gourgeon l\'avait choisi (à l\'époque Alexandre de Juniac était directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy), pour le nommer directeur général d\'Air France début 2012. Un choix qui ne convenait pas à Jean-Cyril Spinetta, qui soutenait au contraire Lionel Guérin, président de la fédération nationale de l\'aviation marchande (Fnam) et PDG d\'Airlinair et de la compagnie low-cost d\'Air France, Transavia. Après plusieurs mois d\'une guerre à couteaux tirés, Pierre-Henri Gourgeon fut contraint de démissionner, en octobre 2011, Spinetta reprit des fonctions exécutives en redevenant PDG d\'Air France-KLM, tandis qu\'Alexandre de Juniac fut nommé PDG d\'Air France. Depuis, il a franchi tous les obstacles en faisant accepter son plan de restructuration à toutes les catégories du personnel sans grèves. Un bémol cependant, les relations avec les pilotes sont désormais très tendues. Ces derniers ont suspendu l\'introduction de toutes nouvelles mesures du plan de redressement. Ils estiment que ce dernier ne va pas assez loin dans la transformation structurelle de la compagnie, nécessaire à sa survie à long terme.Gagey, le seul à connaître KLM de l\'intérieurQuant à Frédéric Gagey, il possède l\'avantage d\'être le seul à connaître KLM de l\'intérieur puisqu\'il a été directeur financier de la compagnie hollandaise. Apprécié des Hollandais de KLM, mais aussi de certains syndicats au sol, « son profil financier peut rassurer les marchés », selon l\'un de ses proches. Une qualité justement qui n\'est pas du goût des pilotes du syndicat national des pilotes de ligne (SNPL). Ayant eu vent du projet (un courrier en ce sens a été envoyé à tous les pilotes ce matin), le SNPL est contre le choix de Frédéric Gagey. « Nous ne souhaitons pas que la finance prenne la main. Nous préférons avoir des industriels qui nous dirigent », explique l\'un d\'eux.  Et de lancer : « Si ces orientations en matière de gouvernance devaient se confirmer, le SNPL ne pourra pas les approuver ».Frédéric Gagey double trois poids lourds en interne : Lionel Guérin, aujourd\'hui à la tête du pôle régional Hop et membre du comité exécutif d\'Air France, Bruno Matheu, à la tête de la business unit long-courrier et du hub de Roissy, et Florence Parly (patronne du court et moyen courrier au départ d\'Orly et des bases de province). Tous ont pris de nouvelles fonctions très récemment qui auraient pu leur servir de tremplin, en cas de succès, pour la présidence d\'Air France qui devait initialement se jouer beaucoup plus tard.  

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