L'économie irlandaise prise dans un cercle vicieux

Gueule de bois pour les Irlandais. Alors que le Premier ministre Brian Cowen est accusé d'avoir accordé la semaine dernière une interview après une soirée arrosée, l'économie du pays semble de nouveau fragile. L'émission obligataire réussie mardi (1,5 milliard d'euros) a donné à l'Irlande un nouveau sursis, mais cela pourrait n'être que temporaire.Il y a dix-huit mois, le pays était encore applaudi pour avoir, le premier, imposé des mesures de rigueur énergiques afin de faire face au dérapage de ses finances publiques?: baisse immédiate du salaire des fonctionnaires de 5 % à 10 %, réduction des allocations familiales... Cela avait permis de réduire le déficit de 14,3 % du PIB en 2009 à environ 11,5 % cette année.Ces mesures socialement douloureuses avaient été bien reçues par les marchés. Pendant la crise de l'euro en mai, le pays avait évité la tourmente. Pourtant, depuis deux semaines, il connaît des difficultés. Le coût du sauvetage de la banque Anglo Irish a remis le feu aux poudres?: estimé à 25 milliards d'euros voilà six mois, il pourrait être de 35 milliards, selon les récents calculs de Standard & Poor's. Pour une petite économie comme l'Irlande, une « erreur » de 10 milliards d'euros représente environ 6 % du PIB. Une nouvelle dérive des comptes publics est donc à craindre. Au point que le gouverneur de la banque centrale irlandaise, Patrick Honohan, appelle à de nouvelles mesures de rigueur, moins d'un an après le dernier tour de vis.Mesures suicidairesPour de nombreux économistes, de telles mesures seraient économiquement suicidaires. « Le gouvernement semble obnubilé par le problème d'Anglo Irish Bank et risque de perdre de vue les problèmes du chômage [désormais à près de 14 %, Ndlr], avertit Alan McQuaid, économiste à la maison de courtage Bloxham. À moins que le chômage ne baisse et que la confiance des consommateurs ne progresse, les dépenses des ménages resteront bloquées, ce qui limitera la croissance et rendra donc la position budgétaire difficile. » En d'autres termes, ce serait un cercle vicieux, avec un plan de rigueur qui bloque la croissance, ce qui augmente les déficits... Comme l'Irlande a été le premier pays européen à prendre des mesures d'austérité budgétaire, son exemple pourrait servir d'avertissement à ceux qui font actuellement des coupes budgétaires dans le reste du continent. Éric Albert, à Londre

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