Yuan  : l'Empire (du Milieu) contre-attaque

Ce n'est pas faute de l'avoir claironné : la fin de l'arrimage du yuan au dollar et le retour à une politique de change plus flexible, annoncés samedi soir par la Chine après deux ans d'interventionnisme forcené pour maintenir la monnaie chinoise entre 6,83 et 6,8350 face au billet vert, n'est pas synonyme de hausse du yuan. La monnaie chinoise est autorisée à fluctuer quotidiennement dans une marge de plus ou moins 0,5 % autour d'un cours central fixé quotidiennement, à la hausse comme à la baisse et Pékin l'a confirmé mardi. 2010 n'est donc pas 2005, qui avait ouvert une ère de hausse ininterrompue du yuan, certes très lente et contrôlée, mais qui lui avait permis de se revaloriser de 21 % en trois ans face au dollar. Alors que lundi la Banque populaire de Chine avait laissé le yuan enregistrer sa plus forte appréciation depuis juillet 2005 et utiliser pratiquement toute sa marge de fluctuation, pour monter jusqu'à 6,7960, gage de sa bonne volonté, elle a dès le lendemain détricoté la toile de Pénélope. Le yuan s'est à nouveau affaibli, accusant sa plus forte décrue depuis décembre 2008, en cédant 0,25 % face au dollar, à 6,8135. D'emblée la banque centrale a marqué sa volonté de s'assurer que les fluctuations de change restaient sous son contrôle et de ne pas se laisser dicter sa politique par le marché. Une autre différence par rapport à 2005 va devenir manifeste au cours des prochaines séances. Désormais, la Chine se réfère à un panier de devises, ce qui signifie que l'institut d'émission fera en sorte que le cours du yuan recule face au dollar, dès lors que l'euro baisse par rapport au même dollar, ce qui était le cas mardi, avec une rechute de la monnaie unique en dessous de 1,23. Car, c'est aussi une nouveauté : désormais 16,3 % des échanges en volume de la Chine s'effectuent avec la zone euro, contre 12,9 % avec les Etats-Unis, selon les chiffres de la banque centrale. Or, l'euro a baissé de 17 % face au yuan depuis le début de l'année, ce qui réduit la compétitivité des exportations chinoises sur le vieux continent. Une déduction logique s'impose : si les pressions baissières sur la monnaie unique venaient à reprendre, les responsables monétaires de Pékin pourraient bien engranger des euros pour freiner sa dérive, comme ils accumulaient des tombereaux de dollars lorsque la monnaie américaine chancelait. Enfin, dans la mesure où la Chine gardera secrète la composition du panier de monnaies qui sert de référence à la fixation du cours du yuan, ses fluctuations risquent de devenir plus volatiles.L'annonce chinoise du week-end dernier apparaît donc de plus en plus comme un coup politique à l'aube de grands rendez-vous internationaux. D'autant que la Chine a, une fois de plus, rejeté mardi l'idée que le sommet du G20 soit saisi de la question de son taux de change. « Au cours des trois précédents sommets du G20, la question de la monnaie d'un seul pays n'a jamais été au programme», a insisté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. 16,3 % des échanges en volume de la Chine s'effectuent avec la zone euro.

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