Qui est vraiment Angela Merkel ? (1/4) : La reine d'Europe

 |   |  911  mots
Il fallait s\'y attendre. Le virus germanophobe qui frappe le sud de l\'Europe est en train d\'atteindre la France via la rue de Solferino. Après avoir été accusée de manquer de leadership européen, Angela Merkel se voit taxer d\'« intransigeance égoïste » par les ténors du PS. Même si le parti socialiste prétend n\'attaquer qu\'une politique « de droite », celle de la coalition dirigée par la chancelière, il vise tout autant l\'Allemagne, ses excédents insolents et son taux d\'emploi à faire pâlir d\'envie.Quel intérêt peut bien présenter la charge du PS, sinon de flatter une germanophobie latente ? On est désormais très au-delà des slogans du candidat Hollande quand il annonçait qu\'il allait renégocier le traité budgétaire demandé par Berlin et signé par Nicolas Sarkozy. À l\'époque, le PS n\'avait pas été capable d\'écrire la première ligne du « mémorandum » sur le fondement duquel il entendait discuter. Pas de substance, juste le slogan du « pacte pour la croissance » auquel les économistes n\'accordent aucune portée concrète.Ce n\'est pas que le dialogue entre elle et le nouveau président ait été rompu : il n\'a jamais été établiLa chancelière n\'a certes aucune affinité particulière avec la France et cela ne rend pas la tâche de Paris facile. Entre Hollande et Merkel se joue l\'éternel malentendu franco-allemand, dans les formes, autant que sur le fond. Le président a tenté en vain de la convier à un dîner en tête à tête. À chaque rencontre, il butte sur sa redoutable sachlichkeit, cette manière bien à elle d\'être concrète et pratique. Quand il arrive avec un propos politique, elle le reçoit avec une liste soigneusement préparée de demandes et de sujets qu\'elle coche méthodiquement au fur et à mesure de l\'entretien. Ce n\'est pas que le dialogue entre elle et le nouveau président ait été rompu : il n\'a jamais été établi. Jamais en tout cas au niveau d\'ambition et de... sachlichkeit qui serait nécessaire pour aborder le sujet légitimement soulevé par les socialistes : la conciliation du désendettement et de la croissance. Paris serait bien avisé de se demander pourquoi le concert européen qui se joue à Bruxelles a fini par ressembler à une finale de la Ligue des champions comme celle qui opposera fin mai le Bayern et le Borussia Dortmund, à Wembley au Royaume-Uni.La chancelière a fait il y a longtemps le constat que la gouvernance européenne ne fonctionnait pas, parce qu\'elle forçait à se porter garant de pays sans maîtrise sur leurs choix politiques. Pour cette raison, elle a rapatrié les pouvoirs à Berlin, faisant du Bundestag un Parlement européen bis. Que le reste du continent trouve la situation déplaisante est assez compréhensible. En même temps, qui a mis une idée sur la table pour sortir de cette impasse, sinon, encore, Angela Merkel avec son traité budgétaire ?L\'Élysée est désemparé devant l\'énigme MerkelLes technostructures se parlent encore, certes. Au ministère des Finances à Berlin, on s\'amuse du fait que Wolfgang Schäuble passe plus de temps à parler avec son homologue Pierre Moscovici qu\'avec aucun des ministres de la coalition noire-jaune à laquelle il appartient. Mais les liens étroits qui avaient été noués entre2008 et 2012 se sont défaits au hasard des mutations et de l\'alternance. Du quadrige Musca (ex-secrétaire général de l\'Élysée de Sarkozy), Fernandez (directeur du Trésor), Asmussen (ex-secrétaire d\'État aux Finances désormais à la BCE), Weidman (ex-conseiller économique de Merkel parti à la Bundesbank), il ne reste que le deuxième cheval. Depuis l\'alternance française, l\'attelage n\'existe plus.L\'Élysée est désemparé devant l\'énigme Merkel. Et Merkel elle-même est embarrassée de cette incompréhension. « Au moins, à vous, ce n\'est pas la peine d\'expliquer l\'Allemagne », aurait-elle dit au Premier ministre Jean-Marc Ayrault lors de leur rencontre, fin 2012. C\'est peu flatteur pour les autres. Et que peut Ayrault face au ressentiment qui monte ? Or, il va probablement falloir compter avec elle encore quelque temps. Elle a connu trois présidents français, autant de Premiers ministres britanniques. Tous passent. Elle reste.Candidate aux élections du 22 septembre 2013, elle part ultra-favorite. Non que son parti, la CDU, soit au mieux de sa forme. Les démocrates-chrétiens ont accumulé les défaites depuis cinq ans aux élections régionales. Mais la popularité de leur présidente est intacte et même renforcée par les bourdes de son adversaire social-démocrate Peer Steinbrück. Tenue par l\'arithmétique parlementaire, elle ne choisira pas forcément son allié de gouvernement, mais l\'option la plus probable reste une nouvelle grande coalition avec les sociaux-démocrates. Une immense majorité d\'Allemands, même de gauche, veut garder Merkel. Il serait peut-être temps de décrocher son téléphone.______>> La suite de l\'article : Moi, Angela Merkel, \"reine d\'Europe\" (2/4)>> Lire aussi : Moi, Angela Merkel, \"reine d\'Europe\" (3/4)>> Lire aussi : Moi, Angela Merkel, \"reine d\'Europe\" (4/4)>> TIMELINE Cliquez sur l\'infographie pour agrandir l\'axe des temps

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :