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Georges Pauget, l'honnête homme

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Publié le 24 février 2010 à 22:18 - Mis à jour le 24 février 2010 à 22:18

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En avril prochain, lorsque les bourgeons commenceront à s'épanouir dans les jardins de Giverny, près de Paris, un observateur doté d'un téléobjectif sera là, comme chaque année, pour saisir la meilleure image. Une fois fanées les fleurs de la maison de Monet, le photographe amateur s'offrira le plaisir d'admirer les oeuvres de la Foire internationale d'art contemporain. Et pour que le bonheur de ces visites soit parfait, l'amateur aura au préalable glissé dans ses poches de gros morceaux de chocolat d'une plaque brisée de Valrhona. Profiter de la vie nécessite un peu de temps. Et à partir de vendredi soir, Georges Pauget, directeur général de Crédit Agricolegricole SA (CA SA), en aura. Après avoir présenté jeudi les résultats 2009, il passera la main. Parce que l'actionnaire principal, les caisses régionales, le lui ont demandé. Cet homme qui a passé trente-sept ans au sein de la Banque verte a marqué les esprits. Partout où il est passé, Georges Pauget a laissé trois empreintes fortes. Il est l'homme de la gestion des crises, l'homme de l'innovation, et l'homme de coeur.L'homme de la gestion des crises. Le parcours professionnel de Georges Pauget est jalonné de dossiers difficiles. En 1980, il devient directeur de cabinet du directeur général de la Caisse Nationale de Crédit Agricolegricole, Jacques Lallemand, qui deviendra son « mentor » en management. Il lui apprendra beaucoup aussi en matière d'analyse des situations et en négociation. Cela lui sera utile dès son premier poste de direction générale. Chez Unicredit, puis à la caisse régionale de Haute-Saône, puis enfin dans le Sud-Ouest, il remettra d'équerre des établissements secoués par une mauvaise gestion et des crises internes et procédera à la fusion de trois caisses régionales pour créer la caisse Pyrénées-Gascogne. Il rejoint Paris Crédit Agricolegricole SA, début 2003, avant de se concentrer, en fin d'année, sur le dossier qui sera l'une des grandes aventures de sa vie, le Crédit Lyonnais. Il s'y lance à corps perdu. Il a une admiration pour cette banque qui, en 2003, est dans un état avancé de délabrement économique et psychologique. Là, comme plus tard quand il sera à la tête de CA SA, au moment de la crise financière, il n'a qu'une obsession : « Mon constant leitmotiv a été de garder à l'esprit que quand on est responsable d'un groupe de 160.000 personnes, il faut privilégier le développement en toute sécurit頻. Une assurance nécessaire quand la crise financière a fait tanguer la banque de financement et d'investissement et la filiale grecque. Les caisses ont soutenu le groupe, mais elles ont eu du mal à avaler la note. Elles en tiennent toujours rigueur à Georges Pauget.Avec passion en ce qui concerne LCL, avec ardeur et détermination quand ce fut la crise financière, Georges Pauget démarre la gestion des crises par une démarche intellectuelle. Pour lui, qui enseigna longtemps la politique monétaire à l'université, la réflexion précède l'action. Mais elle l'accompagne aussi. Notamment lorsqu'il prend la présidence de la Fédération bancaire française à la veille de l'effondrement de Lehman, en septembre 2008. Son sang-froid, son immense talent de pédagogue (« qui donne le sentiment à son interlocuteur de se sentir intelligent », indique un salarié) éclipsent les autres dirigeants du groupe qui ne le verront pas toujours d'un bon oeil. Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'en cet automne, à l'occasion d'un dîner chez Taillevent, le sommelier lui propose le meilleur remède pour un banquier : un armagnac de 1929.Pourtant, ce n'est pas la chute de Lehman et ses dommages collatéraux qui furent le pire moment de sa carrière. Un an auparavant, Crédit Agricolegricole annonçait qu'un de ses traders new-yorkais perdait 250 millions de dollars du fait d'un dépassement de position ayant mal tourné. Mais cette somme n'est que l'écume d'un tsunami financier qui aurait pu mettre la banque à terre : l'exposition de la banque est proche de 40 milliards de dollars. Six personnes seulement sont au courant. La note finale paraît finalement bien douce.L'homme de l'innovation. L'un de ceux qui a travaillé avec Georges Pauget dit de lui : « C'est un visionnaire, un innovateur. » Bourreau de travail, homme de dossier, il a aussi, tout au long de sa carrière, continué à rencontrer des clients. C'est leur contact et le credo selon lequel « ce qui compte pour le client, c'est l'utilité, ce qui va lui faciliter la vie » qui va conduire le dirigeant à innover, à préparer le coup d'après. À cet égard, sa caisse de Pyrénées-Gascogne devient un véritable laboratoire du groupe. C'est là qu'au milieu des années 1990, il invente les packages ; c'est lui qui lance la première assurance santé au Crédit Agricolegricole. C'est également lui qui posera les premières pierres de deux piliers de la diversification du groupe : la création, avec deux autres caisses, de Pacifica, la filiale assurance dommage du groupe qui lui permet d'être désormais un bancassureur. Et le lancement de l'activité immobilière en 2000, qui fait de Crédit Agricolegricole, dans plusieurs régions, l'un des leaders dans la transaction immobilière. Enfin, Georges Pauget réalise la première OPA transfrontalière du groupe : à l'issue d'une bataille boursière, il emporte le contrôle d'une banque basque espagnole, Bankoa.L'homme de coeur. « Ce furent des années de bonheur de travailler avec lui », entend-on. Partout où il est passé, c'est éloges et admiration. N'a-t-il vraiment pas de défaut ? Un salarié de la caisse de Pau concède qu'il « préférait le foot au rugby ». Un autre, de CA SA, estime - mais est-ce un défaut ? - qu'il « s'entoure de gens très différents de lui ». Et lorsque certains notent parfois une certaine froideur, c'est immédiatement pour souligner la timidité qui cache une grande sensibilité. Celle-ci, associée à une mémoire d'éléphant, a laissé des traces. Dans son ancienne caisse, on se rappelle le rituel de son passage dans les bureaux, quel que soit le niveau hiérarchique, où il avait un mot juste pour chacun. Chez LCL, les salariés n'ont pas oublié qu'il leur a, affirment-ils, « redonné leur fiert頻. À la FBF, aussi, on se rappelle de « la considération qu'il témoignait à l'égard de tous » et de sa capacité, dans sa commission banque de détail, « à trouver des compromis entre des positions assez différentes ». En résumé, souligne un salarié de CA SA, ce fut un « grand bonhomme très respectueux des autres ».Estimant avoir rempli sa mission, notamment de gérer la sortie de crise, Georges Pauget pourrait bien finalement ne pas trop profiter de ses moments de détente, préférant, c'est sa nature, se projeter dans le futur. Guénaëlle Le Solleu

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