Polémique outre-Manche sur l'équité de la rigueur

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« Dures mais justes. » C'était la promesse de George Osborne, le chancelier de l'Échiquier, sur les coupes budgétaires drastiques annoncées la semaine dernière. Pourtant, le débat fait rage sur l'équité sociale de ces coupes budgétaires. Le gouvernement, qui ne veut pas être accusé d'agir au nom d'une idéologie anti-État, a donc, dans une démarche inédite, publié l'impact des mesures d'austérité en fonction de la richesse : le quintile des Britanniques qui gagnent le plus perdra en moyenne 5 % de ses revenus, tandis que le quintile le plus pauvre perdra 3,5 %. Les quintiles intermédiaires oscillent entre 3 % et 4 %.Pour atteindre ce résultat, les allocations familiales de ceux gagnant plus de 50.000 euros par an ont été supprimées tout comme les avantages fiscaux sur l'épargne retraite des ménages riches. Pourtant, ces chiffres sont contestés. Pour le très respecté Institute for Fiscal Studies (IFS), les pauvres seront les plus touchés. Il souligne que le gouvernement « oublie » de comptabiliser plusieurs réformes introduites après 2012. Pour l'IFS, les 10 % des plus pauvres perdraient 5,5 % de leurs revenus, tandis que les 10 % des plus riches en perdraient 4,5 %. Politiquement, l'accusation est explosive. « La notion d'intérêt général est très présente dans la société britannique. C'est en partie pour cela que les coupes sont bien acceptées, note un diplomate européen. Mais il faut que l'austérité soit jugée ?juste' pour tous, sinon le consensus éclatera. »Nick Clegg, vice-Premier ministre, a rejeté cette accusation, soulignant que l'IFS ne s'intéresse qu'aux impôts et aux allocations sociales, et oublie les services publics. Or, l'éducation et la santé ayant été relativement épargnées, cela va aider les classes défavorisées.Au-delà de la polémique sur les chiffres, l'enjeu est politique. Nick Clegg, le leader des libéraux-démocrates, est celui qui a le plus à y perdre : en formant la coalition avec les conservateurs, il promettait de servir de garde-fou social et de garantir l'équité des mesures gouvernementales. S'il ne convainc pas, sa cote, déjà très basse dans les sondages, pourrait s'effondrer.Éric Albert, à Londre

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