Plongée dans la France des quartiers difficiles

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« Les banlieues françaises sont en permanence, depuis quatre ans, au bord de la rupture... Les quartiers tiennent par miracle. Toujours ur le fil du rasoir. Dans un équilibre instable. Un rien, et une cité peut s'enflammer. Un contrôle d'identité. Une interpellation ou une perquisition qui se passent mal. Un tir de flash-ball qui touche une mère de famille. Un accident de voiture. Une course-poursuite. » Dans les phrases de Luc Bronner, le style claque autant que le fond. Ce reporter de 36 ans a déjà reçu toutes les félicitations possibles, dont le prix Albert-Londres en 2007, pour ses articles du « Monde » sur les quartiers difficiles, les émeutes, les vendettas entre bandes rivales ou les bavures policières.Saluons le courage physique et moral qu'il lui faut, chaque fois, pour aller se faire « détroncher » au bas des tours, dans des territoires où le visiteur extérieur n'est jamais le bienvenu, et le journaliste encore moins. Mais c'est son job et il le fait avec sérieux, esprit d'équilibre et bienveillance. Luc Bronner va tout le temps dans des quartiers de France où les autres ne vont qu'exceptionnellement, lorsque la violence y flambe plus que de coutume.ImpuissanceIl a des choses à nous apprendre sur notre pays et c'est pourquoi il faut le lire. Ce qui saute aux yeux, c'est l'impuissance de l'État. Pas l'indifférence, pas l'aveuglement, pas la pingrerie : l'impuissance. En introduction à chaque chapitre, Bronner cite trois phrases de Nicolas Sarkozy à trois moments de son parcours politique. La répétition des formules et du diagnostic prouve que les choses ne s'améliorent pas. Des dizaines de milliards d'euros ont été consacrés à la politique de la ville, par ce gouvernement et par les précédents, sans parvenir à enrayer la ghettoïsation de certaines zones, bien délimitées. Car, à quelques centaines de mètres près, on peut vivre assez bien ou horriblement mal dans la même ville. Bronner n'élude aucun problème : ni le « bizness » qui permet à certains de s'enrichir et à beaucoup d'autres de survivre dans des quartiers où le chômage dépasse parfois 50 % ; ni les « hormones » qui expliquent que la violence est un moment dans la vie des jeunes mâles ; ni la terreur et l'omerta que font régner les caïds.Pourtant, sa conclusion est que le tout-sécuritaire est une impasse. La seule solution est de faire confiance aux habitants, alors que l'approche française est essentiellement caractérisée par « le refus de leur donner la moindre parcelle de pouvoir ». Ce qu'il faut faire, l'un des observateurs les mieux informés sur la réalité des banlieues le résume en trois mots : « rendre les quartiers aux adultes ». Sophie Gherardi « La Loi du ghetto. Enquête dans les banlieues françaises », de Luc Bronner. Calmann-Lévy (264 pages, 17 euros).

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