L'Ethiopie, nouvel eldorado des industries textiles européennes ?

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"Made in Ethiopia". Cette information devrait bientôt apparaître sur certains vêtements fabriqués par la marque suédoise H&M. Le numéro 2 mondial de l'habillement a annoncé, la semaine dernière, son intention d'ouvrir prochainement de nouvelles usines dans ce pays d'Afrique de l'Est. Jusqu'ici, le groupe fabriquait l'essentiel de sa production en Chine et au Bangladesh. Dans une interview au Financial Times donnée le 15 mai dernier, Karl-Johan Persson, le patron de Hennes & Mauritz s'était d'ailleurs engagé à demander au gouvernement bangladeshi d'augmenter le salaire minimum en vigueur dans le pays. Une annonce qui faisait suite à l'effondrement d'un immeuble à Dacca, la capitale du Bangladesh, survenu le 24 avril dernier, dans lequel 1.125 employés de différents groupes textiles européens - dont H&M - ont trouvé la mort. Un drame qui avait fait ressortir la polémique sur les conditions de travail de ces salariés asiatiques.Des coûts de production près de deux fois moins cherEst-ce, au final, cette possible augmentation qui a encouragé la marque à localiser une partie de ses nouvelles usines en Ethiopie, où la main d'oeuvre reste moins cher qu'en Asie ? Dans un communiqué cité par Le Monde, H&M justifie cette décision en expliquant chercher "constamment de nouveaux marchés d'achat potentiels" pour garantir les capacités de livraison de ses "produits dans tous les magasins". D'après une étude du cabinet Bernstein, rapportée par le Wall Street Journal, les coûts de fabrication étaient, en 2011, près de deux fois moins élevés en Ethiopie qu'en Chine. "H&M ne fait que suivre une tendance lancée par les Chinois qui ont créé une zone industrielle en Ethiopie", rapporte Pierre Jacquemot, chercheur spécialiste de l'Afrique à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). Les usines textiles ont d'abord quitté la Chine pour les pays d'Asie du Sud comme le Laos, la Birmanie et le Cambodge. Ensuite, elles sont parties pour l'Ile Maurice et maintenant l'Ethiopie", ajoute-t-il.Un revenu annuel moyen de 370 dollarsCe qui attire les investisseurs dans ce pays d'Afrique ? Un régime politique démocratique et stable, rare sur le continent. "Cela rassure les investisseurs", note Pierre Jacquemot. L'Ethiopie dispose en plus d'un réseau routier étendu et de nombreux vols intérieurs assurent les liaisons entre les grandes villes du pays. Le réseau ferroviaire est, par contre, inexistant. Dans son plan de développement 2011/2015, le gouvernement a d'ailleurs prévu de construire plus de 2.300 kilomètres de chemins de fer. L'Ethiopie, qui compte quelques 85 millions d'habitants, est l'un des pays les plus pauvres du monde. Il n'appartient pas à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). D'après la Banque mondiale, le revenu moyen annuel par habitant atteignait 370 dollars (276 euros) en 2012, contre 1.257 dollars (938 euros) en moyenne chez ses voisins. Selon les informations mises en ligne sur le site de l'ambassade de France à Addis-Abeba - la capitale - l'industrie ne représente que 15% du PIB. Le pays tire l'essentiel de ses revenus de sa production agricole, notamment de l'exportation de café.Des coûts de production aussi élevés qu'en Chine en 2019 ?Sa situation économique s'améliore, malgré tout, rapidement. L'Ethiopie a connu une croissance annuelle moyenne de 9,9% entre 2004 et 2012, contre 5,4% chez ses voisins. D'après le cabinet Bernstein, le coût de fabrication dans le pays a augmenté de 18% en 2011, contre seulement 7,7% en Chine. A ce rythme, les coûts de productions seront, en 2019, plus cher en Ethiopie que dans l'Empire du Milieu. "Ce n'est pas encore fait. De toute façon, il s'agit de productions bas de gamme, qui pourront être délocalisées très facilement", note Pierre Jacquemot. Le "Made in Ethiopia" pourrait bien ne pas figurer très longtemps sur les vêtements du géant de l'habillement...

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