20 mai 2010, la première cellule artificielle...

20 mai 2010 : Craig Venter annonce, dans le journal américain « Science », la création de la première cellule artificielle. Il s'agit d'une étape essentielle dans la programmation de la vie, selon des principes proches de la conception d'un logiciel informatique, une étape qui restera dans les livres d'histoire. Ainsi, la perspective de créer la vie à partir de matière chimique inerte se rapproche à vive allure, même si la vie intégralement artificielle attendra encore un peu.Techniquement, Craig Venter a réussi à créer artificiellement un assez long chromosome d'environ un million de bases chimiques. Ce chromosome artificiel, constitué des quatre lettres de l'alphabet génétique que nous avons en commun avec l'ensemble des espèces vivantes, sur Terre (ATCG, pour adénine, thymine, cytosine et guanine), a été entièrement produit en éprouvette en suivant une modélisation informatique.Puis ce chromosome artificiel a été intégré dans une bactérie dont on avait auparavant supprimé l'ADN d'origine. L'équipe a enfin réussi à « rebooter », c'est-à-dire à faire redémarrer cet organisme d'un genre nouveau qui est désormais capable de se reproduire. Pour la première fois, une forme vivante fonctionne donc avec un programme génétique conçu sur ordinateur puis construit chimiquement en éprouvette, et n'est plus le produit erratique de la sélection darwinienne. Cela accrédite l'idée que le programme génétique est fondamentalement un subtil logiciel, et la vie une nanomachine, particulièrement complexe certes, mais malléable par la science.Il existe donc aujourd'hui deux lignées d'espèces vivantes sur Terre : toutes celles qui descendent de LUCA (« Last Universal Common Ancestor »), la dernière cellule commune avant la séparation des différentes formes naturelles de vie, et JCVI-syn1.0, la création de Venter.Dans les deux ou trois prochaines décennies, les révolutions biotechnologiques vont se succéder à vive allure. Des cellules totalement artificielles seront vraisemblablement produites avant 2025. La reprogrammation génétique se banalisera afin de traiter les pathologies les plus graves et les plus sensibles aux yeux de l'opinion : le cancer, les maladies neurodégénératives, les myopathies... Une compétition industrielle mondiale féroce conduira à des technologies destinées à créer des « super cellules », plus performantes, plus puissantes, ayant une durée de vie plus longue. Il va être possible de tester des milliards de génomes artificiels conçus sur ordinateur en associant, tels des morceaux de Lego, des briques génétiques. Craig Venter possède aujourd'hui la plus belle collection de ces bio-bricks qui vont permettre d'écrire les chromosomes à partir de modules préfabriqués.Le passage de ces technologies à la médecine quotidienne est juste une question de temps. Il s'agit de décennies et non de siècles. Des globules rouges renforcés, des neurones moins fragiles seront produits. Des gènes provenant d'espèces animales ou de végétaux seront introduits dans notre ADN. Une ingénierie de la régénération tissulaire utilisant des cellules souches modifiées et renforcées verront bientôt le jour. À cette occasion, réapparaîtra un débat sur les limites de la science et la dignité humaine : a-t-on le droit de modifier l'espèce humaine, pour augmenter ses capacités et faire reculer la vieillesse et la mort ? (*) Fondateur du site Doctissimo.fr, qu'il a vendu depuis, le Docteur Laurent Alexandre est président de DNAVision et chroniqueur scientifique pour « La Tribune ».([email protected])

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