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Un siècle de légende, dix ans de purgatoire

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Publié le 27 janvier 2010 à 22:49 - Mis à jour le 27 janvier 2010 à 22:49

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cite>Thomson a cessé d'exister. Non pas écrasé par le mur de sa dette, dont les actionnaires ont approuvé la restructuration, mais par la grâce d'un changement de nom. Le vénérable groupe industriel, plus de 100 ans d'âge, creuset tricolore des appareils électriques et électroniques, s'est rebaptisé du nom de sa filiale Technicolor pour échapper au fardeau de son héritage récent.Créé à la fin du XIXe siècle pour exploiter en France les brevets de la Thomson-Houston Electric Corporation, Thomson est passé plusieurs fois au bord du gouffre ces vingt-cinq dernières années. Nationalisé en 1982, mais déjà mal en point, Thomson est alors un conglomérat présent dans d'innombrables activités ? téléphones, tubes cathodiques, réfrigérateurs, électronique militaire, matériels de radiologie, lampes, etc. ? qui emploie 100.000 salariés. Alain Gomez, son PDG, recentre l'entreprise autour de deux pôles : l'électronique grand public, en rachetant à General Electric sa marque de téléviseurs RCA, et les brevets qui vont avec, et celui d'électronique professionnelle, pour l'essentiel militaire, matrice du futur Thales. La polémique grondeMais Thomson peine à tenir son rang face à la concurrence et accumule les pertes. En 1996, le gouvernement tente de céder le groupe aux deux partenaires Lagardèrerave;re (pour la division militaire Thomson-CSF)et au sud-coréen Daewoo (pour le multimédia). La polémique gronde sur le « bradage » de cette entreprise publique, envenimée par la fameuse formule du Premier ministre Alain Juppé, « Thomson vaut 1 franc symbolique, après recapitalisation ». Mais l'opération, retoquée par la commission des privatisations, achoppe. En 1997, Thomson-CSF passe finalement aux mains d'Alcatel et de Dassault, tandis que Thierry Breton arrive à la tête de la branche d'électronique grand public, renflouée par l'État à hauteur de 11 milliards de francs. Deux ans plus tard, cette dernière est introduite en Bourse.Les marchés, aveuglés par les mirages annonciateurs de la bulle Internet, en redemandent. Conscient de ne pouvoir rivaliser avec les industriels asiatiques, le futur ministre de l'Économie, secondé par le banquier d'affaires Frank Dangeard, imprime un nouveau virage à l'entreprise vers le « B to B » et les marchés de « la chaîne de l'image ». L'entreprise rachète en 2001 la marque américaine mythique Technicolor, spécialiste de la postproduction et de la duplication de films, et Grass Valley, fournisseur d'équipements vidéo. En 2003, Thomson parvient à céder ses téléviseurs au chinois TCL, tandis que l'État vend ses derniers titres.descente aux enfers BoursièreUn an plus tard, une fois Thierry Breton parti chez France Télécome;lécom, Frank Dangeard prend les rênes de l'entreprise et poursuit les acquisitions. Mais les marchés commencent à questionner sérieusement la stratégie du groupe, mal comprise (illisible, disent certains), le manque d'intégration et de synergies entre les métiers, les restructurations permanentes, l'agilité du groupe face à la révolution numérique. La boîte noire que constitue sa très rentable division de brevets, et l'ampleur de la dette du groupe inquiètent également. Sous le mandat de Frank Dangeard, Thomson connaît sa descente aux enfers en Bourse, commencée un peu au-dessus de 15 euros et finie aux alentours de 4 euros. Début 2008, le dirigeant est débarqué. Après une période d'intérim qui voit le cours fondre jusqu'à 1 euro, Frédéric Rose, débauché chez Alcatel-Lucent, arrive au chevet de l'entreprise. Pour sa première intervention publique, le nouveau directeur général de l'entreprise reconnaît que Thomson ne pourra pas honorer le remboursement de ses dettes. O. H.

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