Les Français, victimes collatérales de la lutte anti-corruption en Russie

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Tétanisés par les démissions en séries et la chasse aux sorcières à laquelle se livrent les médias du pouvoir, les hauts fonctionnaires russes ont fait échouer des contrats importants pour Alstom et Degremont, la filiale traitement des eaux de Suez Environnement. Hier matin, le quotidien Vedomosti a révélé que les autorités de Saint-Pétersbourg (deuxième ville de Russie) a décidé de ne pas signer de contat avec Degrémont et son partenaire russe Akva-Neva pour la reconstruction de la station de traitement des eaux du nord de la ville. Un contrat estimé à 300 millions d\'euros. Saint-Pétersbourg recherchait pourtant depuis deux ans des investisseurs pour ce projet vital au bien-être des habitants. Problème : l\'offre du consortium Akva-Neva et Degrémont était la seule à répondre aux conditions de l\'appel d\'offres. La ville a donc officiellement dit « niet » au consortium, par la voix de la présidente du comité aux investissements, Zarina Goubaïeva, mais n\'a pas dit pourquoi.« Pour ne pas être accusée de corruption », estime une femme d\'affaires française installée depuis longtemps à Moscou. « Les rétro commissions sont devenues une règle depuis une dizaine d\'année dans les appels d\'offre publics et même privés, tout le monde est automatiquement suspecté ». Saint-Pétersbourg vient d\'être secouée par un énorme scandale : 600 km de canalisations d\'eau et de chauffage de mauvaise qualité ont récemment été installés dans la ville par un groupe d\'officiels municipaux qui ont empoché au passage un gros bénéfice. Une affaire qui va coûter 100 millions de dollars à Saint-Pétersbourg. Le délabrement des infrastructures du pays est largement mis sur le compte de machinations du même ordre et sur l\'impunité totale dont bénéficiaient jusqu\'à peu les fonctionnaires loyaux envers le Kremlin. Alstom a probablement aussi fait les frais du climat électrique autour de l\'attribution des marchés publics. Son Citadis paraissait parfaitement adapté pour l\'appel d\'offres de 120 tramways destinés à la municipalité de Moscou. Au point qu\'un concurrent russe (UKVZ) avait crié au scandale cet été, déclarant que l\'appel d\'offres de Moscou était « taillé sur mesure » pour le tramway français, qui devait être assemblé localement avec le partenaire russe d\'Alstom, TMH. Plusieurs experts avaient alors prédit que le scandale allait jouer un mauvais tour au Citadis. Et le 14 décembre, le contrat a été attribué au canadien Bombardier, qui avait jusqu\'ici essuyé échec sur échec en Russie. Bombardier a eu l\'heureuse idée de s\'associer avec le groupe russe UralVagonZavod, un géant industriel surtout connu pour sa production de tanks et pour la propension de ses ouvriers à flatter bruyamment le président Vladimir Poutine, qui le leur rend bien. Pour survivre à la « lutte anti-corruption », rien ne vaut une bonne protection politique. La porte-parole d\'Alstom en Russie a déclaré à la Tribune que le groupe « ne souhaitait pas à cette étape faire de commentaires » sur la situation. Degremont n\'a pas été en mesure de répondre aux questions de la Tribune avant la publication. 

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