Le Crédit Agricole vise 10 millions de sociétaires

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D\'ici fin 2012 certaines caisses régionales du Crédit Agricole auront 70% de leurs clients sociétaires de la banque, a affirmé Jean-Claude Rigaud, président du Crédit Agricole Pyrénées Gascogne, à Bruxelles jeudi 25 octobre. il participait comme environ 800 cadres et élus de la banque au congrès de la Fédération du Crédit Agricole qui a lieu une fois tous les deux ans. Si le groupe a choisi cette année l\'avenir du modèle coopératif comme thème de rencontre et la capitale de la Belgique comme lieu, ce n\'est pas un hasard. C\'est d\'abord pour célébrer l\'année internationale des coopératives décidée par l\'ONU. Et ensuite, pour marquer le retour de la banque verte à ses fondements historiques et sa volonté de faire de cette spécificité un véritable atout compétitif.Après l\'entrée en Bourse de la société centrale du groupe, Crédit Agricole SA (CASA), dans les années 2000, puis l\'acquisition de plusieurs filiales à l\'étranger - dont Emporiki en Grèce qui a provoqué récemment de lourdes pertes -, l\'identité coopérative de la banque verte pouvait sembler plus floue. Son statut pouvait apparaître, certes comme modernisé, mais également menacé de banalisation dans le paysage bancaire. Le nouveau plan de groupe à dix ans présenté en décembre 2010 lors du précédent congrès, a voulu mettre fin à cette interrogation en réaffirmant les valeurs coopératives et mutualistes.Mais curieusement, la question de la cohérence aujourd\'hui de la cotation en Bourse d\'une partie des activités d\'un groupe, qui se revendique coopératif, n\'a pas été formellement posée lors de la partie publique du congrès 2012, même si elle était sous-jacente à plusieurs interventions. Devenir \"co-propriétaire\" de sa banque pour retrouver la confiance après la crise\"70% de sociétaires! Qui l\'aurait cru il y a un ou deux ans?\", s\'est exclamé Jean-Claude Rigaud. Dans sa caisse régionale Pyrénées Gascogne, la progression du nombre de sociétaires est particulièrement forte. Même si le principe de réactiver ou revivifier le sociétariat avait été décidé au congrès de 2004, le mouvement n\'a véritablement pris de l\'ampleur qu\'il y a trois ou quatre ans. Comme si, après la crise financière, il était devenu encore plus fondamental pour le Crédit Agricole de faire valoir sa différence de banque coopérative. Le sociétariat qui consiste à vendre des parts sociales à ses clients qui deviennent alors co-propriétaires de leur banque, semble un levier puissant pour renforcer le lien de proximité entre la banque et ses clients. Un atout, alors que beaucoup de Français traversent une crise de confiance vis à vis du secteur bancaire.Bientôt 10 millions de sociétaires\" Nous pourrions passer rapidement à 10 millions de sociétaires si nous nous appuyons sur les caisses les plus rapides\",  dans la diffusion des parts sociales, a pour sa part estimé Dominique Lefebvre, président de la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA) qui réunit toutes les caisses coopératives régionales du groupe. Selon le dernier recensement d\'octobre 2012, le groupe compte 7 millions de sociétaires sur 21 millions de particuliers clients des caisses régionales. Elles ne comptaient que 6,1 millions sociétaires en 2007 et 5,5 millions en 2005. Une part sociale représente une quote-part du capital d\'une caisse locale. Elle donne droit au sociétaire de prendre part aux décisions lors des assemblées générales selon le principe un homme/ une voix (quelque soit le nombre de parts sociales détenues). Le sociétaire achète une part sociale - ou plus souvent plusieurs parts sociales - à un prix unitaire fixé à l\'avance ( par exemple 15 euros) et il pourra la revendre ou plutôt se la faire rembourser, mais au même prix dit nominal. Il n\'y a donc pas de plus-value réalisable, contrairement à une action. La part sociale est rémunérée chaque année d\'un intérêt ( par exemple 3%) qui est fixé en assemblée générale. Les sociétaires élisent 3200 administrateurs qui siègent dans les  2 534 caisses locales et désignent les 720 administrateurs des 39 caisses régionales regroupées au sein de la Fédération nationale du Crédit Agricole. L\'objectif de 10 millions de sociétaires dans un proche avenir ne semble pas inatteignable à Jean-Claude Rigaud : \"Le Crédit Agricole, c\'est un marathonien mais qui court en équipe. Quand il est parti, on l\'arrête plus !\".Le modèle coopératif n\'est pas toujours bien comprisPour Dominique Lefebvre, le président de la FNCA, \"il est urgent de promouvoir ce modèle coopératif. Les coopératives ne sont pas toujours comprises pour ce qu\'elles sont. Il faut montrer ce que nous apportons de plus à côté des sociétés par actions. (...) Dans le contexte de crise financière, on voit bien que les grandes entreprises du modèle capitaliste ne donnent pas la solution\".S\'il reconnaît que les contraintes économiques sont les mêmes pour les entreprises coopératives que pour entreprises en actions, Dominique Lefebvre pointe des différence qu\'il juge fondamentales. A commencer  par \"la co-responsabilité des sociétaires dans la gouvernance des entreprises, cela amène nécessairement une utilité plus forte\". Deuxième grande différence : l\'ancrage dans les territoires. Et enfin troisième différence majeure: \"le choix que font les sociétaires en transformant les résultats en fonds propres ce qui permet de développer la compétitivité de l\'entreprise pour qu\'elle apporte un meilleur service\". Les banques coopératives sont plus proches des 4X4 que des Formule 1La rentabilité n\'est donc pas absente des préoccupations d\'une banque coopérative. Mais \"du fait de leur gouvernance, les coopératives ne sont pas incitées à aller sur les produits et activités les plus rentables dans l\'instant. (...) Ces banques peuvent être quand même aussi rentables que les autres. Elles ne cherchent pas à tout instant de maximiser le profit mais elles auront des résultats plus réguliers dans le temps. On peut les comparer à des 4X4 : en vitesse de pointe, elles ne vont  pas aussi vite qu\'une Formule 1 mais elles peuvent traverser tous les terrains. (...) La rentabilité est plus saine et d\'une certaine façon elle est plus sage\", estime le secrétaire général de la Fédération nationale du Crédit Agricole, Philippe Brassac.Pour autant le modèle n\'apparaît pas sans risque. Philippe Brassac souligne le risque de déperdition d\'énergie si les entités ne collaborent pas suffisamment et le risque de multiplication des coûts si \'il n\'y a pas assez de mises en commun. La finalité d\'une coopérative : l\'utilité du service et du produit\"Dans une société par actions, la rentabilité est la finalité. Dans une coopérative, la finalité c\'est l\'utilité du service et du produit. Nos objectifs sont complètement différents. Dans une coopérative nos sociétaires recherchent la valeur d\'usage alors quand dans une société par actions la priorité est le dividende\", explique encore Dominique Lefebvre avant d\'insister : \"Ce modèle qui était très discret ? On s\'aperçoit aujourd\'hui, qu\'en France ces sont les coopératives qui financent 2/3 de l\'économie\".  Bref, pour le président du Crédit Agricole, \"le modèle coopératif sort renforcé de la crise\". 

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