Van Dongen, rien que la femme

De lui, on connaît bien sûr des femmes fardées, maquillées à outrance, jusqu'à devenir des poupées mortifères, presque embaumées. L'oeil est charbonneux, la lèvre purpurine, le casque de cheveux noir. Une femme qui paraît en deuil de sa beauté, une veuve joyeuse revenue de toutes les fêtes, qui jette ses derniers feux à la face du monde. Comme une provocation. L'essentiel de l'oeuvre de Van Dongen est dans ces portraits-là, surtout pas dans cette peinture où il montre toutes ses facilités, ses complaisances. Il est beau et grand dans cette exaltation suprême du fauvisme. Cette rétrospective au musée d'Art moderne de la Ville de Paris en apporte la preuve éclatante.Donc, tout n'est pas bon dans l'oeuvre de Van Dongen. Il lui faut une guerre mondiale, la première, et les années folles qui vont suivre pour que l'anarchiste s'épanouisse en portant un regard cruel sur une société qui se suicide à coups de champagne, de caviar et de jazz. On est là au coeur de la bohème telle qu'elle existe à Montparnasse et de la mondanité telle qu'elle s'encanaille dans ces fêtes d'une audace à peine imaginable aujourd'hui. Le prince y fréquente le voyou, la prostituée, l'aristocrate. Tout ce beau monde tente d'oublier la guerre et entre dans une modernité qui affole les arts. Paris en est la capitale. Paris que le jeune natif de Rotterdam rejoint très tôt. Il y rencontre Maximilien Luce, le critique Félix Fénéon et le galeriste Vollard qui lui offre sa première exposition. Mais il est un mouvement qui est en train de naître au début de ce XXe siècle, le fauvisme. Van Dongen y trouve une place de choix aux côtés de Matisse, Derain ou Vlaminck. Ces artistes mettent la nature en émoi, ils la peignent aux couleurs de leurs rêves. Chez Van Dongen, s'y glisse la femme. Ses portraits ont un succès fou. Il y a une violence primitive dans son regard et dans sa manière de peindre cette femme moderne qui se veut indépendante et libérée. Lui, Van Dongen, libère la peinture. Si l'oeuvre s'arrêtait là, elle serait sublime, elle pourrait servir d'exemple, mais hélas, après cette folie ravageuse, le contempteur des débuts s'est transformé en l'un des personnages de cette société qu'il critiquait. Jusqu'au mondain qui est devenu bourgeois, cette bourgeoisie qu'il flatte avec des portraits très appuyés à travers une peinture salonnarde. Bourgeoisie à qui il offre l'image qu'elle se fait d'elle-même. Avant d'aller se compromettre à Berlin pendant la guerre, à l'invitation des nazis. ? Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, 11, avenue du Président-Wilson, 75016 Paris, tél. : 01.53.67.40.00, www.mam.paris.fr, jusqu'au 17 juillet. Catalogue : E. Paris Musées 38 euros.

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