Anouchka Delon : « C’est une tristesse presque joyeuse »
Laurence Bottero

Anouchka Delon rend hommage à son père Alain, disparu il y a près d'un an.
LTD / Jerome Domine / ABACA via Reuters Connect
Laurence Bottero

Anouchka Delon rend hommage à son père Alain, disparu il y a près d'un an.
LTD / Jerome Domine / ABACA via Reuters Connect
Il aura fallu de longs mois, des milliers de photos triées pour donner vie à Delon & Elles, l'exposition « hors les murs », qui orne depuis le 13 mai dernier et jusqu'au 13 juin prochain les pignons et les façades de Cannes.
Imaginé par Anouchka Delon et Rosalie Mann, fondatrice du Humann Prize*, cet hommage en grand format ne pouvait pas se tenir ailleurs qu'au cœur de la capitale du 7ème art. « Cannes a été une évidence », dit Anouchka Delon. Même absent, Alain Delon réussit encore l'exploit d'être la star du Festival de Cannes...
LA TRIBUNE DIMANCHE — On approche, ce sera le 18 août prochain, de la première année de la disparition d'Alain Delon. Comment vivez-vous le lancement de cette exposition, précisément à l'approche de ce moment particulier alors qu'il y a Alain Delon, l'homme public et Alain Delon, votre papa ?
ANOUCHKA DELON — Je n'ai réalisé qu'il y a quelques jours seulement, que l'on approchait de l'anniversaire de sa disparition. Ça passe très vite, et à la fois, très lentement. Et d'un coup, ça fait un an. C'est très particulier, cette exposition nous plonge dans une énergie pleine d'amour et cela aide, beaucoup. C'est une tristesse presque joyeuse, une tristesse partagée.
Cela n'a sans doute pas été toujours facile de partager Alain Delon avec son public.
Nous sommes nés avec cela, nous partageons (Anthony et Alain-Fabien, ses frères, NDLR) notre père avec son public depuis notre naissance, c'est le revers de la médaille.
Vous dites de lui que c'était un homme pudique, un taiseux. Pourtant, ce n'est sans doute pas l'image que l'on conserve de l'acteur et même de l'homme qui a pu paraître parfois hautain, très sûr de lui...
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Tous les artistes sont souvent perçus comme froids, distants alors qu'il s'agit simplement d'une manière de se protéger. Il existe la personne publique et l'homme privé.
L'exposition "Cannes fait le mur" se consacre pour la première fois à un seul artiste. Vous avez fait le choix de révéler des photos d'Alain Delon et des actrices qui l'ont accompagné. Cela aurait pu être simplement des photos de ses films. Pourquoi le choix de Delon et elles ?
Nous avons très vite choisi de ne pas le faire figurer seul sur les photos. Au moment de la remise de sa Palme d'honneur, en 2019, il répétait : « Plus personne n'est là pour la partager avec moi. Mireille est partie, Romy est partie »... Cette exposition photo lui rend hommage mais il n'est pas seul, il est entouré de toutes les personnes qui lui manquaient tant, hormis Brigitte Bardot avec laquelle, l'amitié a duré jusqu'au bout. Et pour l'anecdote, pour prouver que tout vient des femmes, lorsque mon père a auditionné pour « Plein Soleil », il devait initialement jouer le rôle dévolu à Maurice Ronet. Mon père exprime à René Clément, le réalisateur du film, son souhait d'intervertir les rôles. Très choqué, René Clément se demande qui ose lui faire cette requête. C'est Madame René Clément qui le convaincra d'un « chéri, le petit a raison ».
Comment avez-vous sélectionné les clichés ?
Cela a été très long. Nous avons travaillé durant cinq mois. Nous voulions des photos qui ne soient pas forcément connues, un peu intimes, qui évoquent aussi sa carrière mais qui surtout mettent en avant l'homme qu'il était, son côté sauvage, son amour des animaux. En revanche, il nous paraissait évident d'intégrer la photographie de la pub Dior, très connue.
Avez-vous découvert des photos que vous ne connaissiez pas ?
Non, je les connais toutes. Certaines, je ne les avais vues qu'une seule fois. Mais toutes gardent un effet de surprise.
Delon & Elles pourra-t-elle voyager dans d'autres pays ? Avez-vous été sollicitée pour exporter l'exposition sous d'autres cieux ?
Nous avons déjà eu des demandes, nous sommes en train d'y travailler. Cette exposition plaît beaucoup car elle parle d'une certaine époque mais dans notre époque. Elle fait écho au passé en se projetant dans l'avenir.
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*Le Humann Prize qui récompense chaque année des artistes pour leur engagement sociétal ou environnemental. En 2024, il a été décerné à Patti Smith, Camille Etienne et Golshifteh Farahani.
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