Il est celui qui sélectionne les films et accueille les stars en haut des marches rouges du Palais des festivals sur la Croisette. Mais Thierry Frémaux, également directeur du Festival Lumière de Lyon, veut s'affirmer aussi comme le gardien et passeur enthousiaste des premiers films de l'histoire du cinéma. Pour ce Lyonnais pur jus, c'est un peu la revanche de la « capitale des Gaules » sur Paris.
Avec son nouveau documentaire, Lumière - L'aventure continue !, il nous permet de découvrir sur grand écran 120 films parmi les premiers réalisés à partir de 1895. Chacun dure moins d'une minute. Tous sont réalisés par les frères Lumière, mais surtout par leurs « opérateurs » envoyés aux quatre coins du monde, qui transforment le cinématographe tout juste né en un incroyable guide touristique, d'Alger à Tokyo en passant par Mexico.
Après les Oscars et les Césars, qui ont couronné des films d'abord présentés et récompensés à Cannes, et avant l'édition 2025 qui aura lieu dans deux mois, on a rencontré ce sexagénaire fringant, judoka émérite et cycliste forcené.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez vu un film des frères Lumière ?
THIERRY FRÉMEAUX — Je m'en souviens parfaitement : c'était en juin 1982, le jour de la conférence de presse annonçant la création de l'Institut Lumière de Lyon. J'étais alors un jeune cinéphile et j'étais parvenu à m'y faufiler parce que je voulais m'approcher de Bertrand Tavernier, le futur président de l'Institut. Et là, je découvre pour la première fois La Sortie de l'usine Lumière. Comme tout le monde, je croyais l'avoir déjà vu. Mais non, c'était véritablement une première pour moi. J'ai alors compris que le cinéma avait une origine. Alors, d'abord comme bénévole puis comme permanent, je me suis consacré à ces Lumière, à leur personnalité, leurs inventions, mais surtout, en cinéphile, en les considérant d'emblée comme des cinéastes à part entière. C'est devenu ma mission : dire, depuis la rue du Premier-Film, que Louis Lumière était un grand cinéaste et pas seulement un « inventeur ». C'est un grand privilège que d'assumer cette mission.