Brian Wilson (Beach Boys) : « Des good vibes » à la folie
Philippe Ridet
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Brian Wilson devant sa maison à Bel Air en 2007.
LCP / Jonathan Alcorn/ ZUMA/SIPA
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Brian Wilson devant sa maison à Bel Air en 2007.
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Imaginons que les quatre Beatles aient trouvé la mort le même jour en compagnie de leur producteur George Martin. Il faut avoir recours à ce genre d'image puissante pour rendre compte de la portée symbolique et historique de la disparition, le 11 juin à 82 ans, de Brian Wilson, qui a élevé la pop music au rang de chef-d'œuvre. Non qu'il ait été seul au sein des Beach Boys. Ses deux frères, un cousin et un voisin prirent part à la formation du groupe en 1961 en Californie, mais ils ne furent que des comparses, des porte-voix.
Les Beach Boys n'ont jamais été que cet homme, pourtant sourd d'une oreille mais capable d'imaginer, de composer et d'arranger cette musique harmonieuse et scintillante. Tout le monde trouve son compte dans ce partage des tâches : Brian Wilson, stimulé par l'exemple des idoles qu'il veut égaler (Phil Spector et le duo Lennon-McCartney), qui ne cesse en studio de repousser les limites de son génie créatif ; ses acolytes, qui encaissent les royalties ; les patrons de Capitol Records, sa maison de disques, qui se frottent les mains.
Car cette musique céleste ne met pas longtemps à trouver son public : ces jeunes garçons et filles américains pétants de santé et dont le sourire découvre les dents blanches. Surfeurs réels ou imaginaires, un coude à la portière de leur décapotable, ils adoptent cette séraphique bande-son de leurs étés trop courts avant, pour les uns, de connaître le fracas des bombes sur le Vietnam et, pour les autres, le bonheur trompeur d'une destinée de femme au foyer.
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Puis arrive le court-circuit. À trop tutoyer les anges avec l'album Pet Sounds (1966) et la composition Good Vibrations, le génie se grille. Incapable de reproduire la musique qu'il entendait dans son cerveau délabré, laissant les autres membres du groupe massacrer sa musique sur scène, il se retire du jeu. Alité, drogué, en proie à des hallucinations et à des psychiatres véreux, il reparaît parfois, hagard et désorienté, au cours de désolants concerts. Retrouvant un peu de lucidité au début des années 2000, il peut achever la production de Smile, album maudit qui lui coûta la raison. Un dernier sourire.
Philippe Ridet
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