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Julien Doré : « Mon modèle, c’est Francis Cabrel »

Propos recueillis par Éric Mandel

Publié le 14 juin 2025 à 17:00 - Mis à jour le 26 novembre 2025 à 16:08

Julien Doré s'est confié à « La Tribune Dimanche » à l'occasion de la sortie de son nouvel album.

Julien Doré s'est confié à « La Tribune Dimanche » à l'occasion de la sortie de son nouvel album.

Hélène PAMBRUN/SCOOP

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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ENTRETIEN — Sa nouvelle vie, ses amitiés, de Clara Luciani à Sharon Stone, et même son potager : l’« imposteur » autoproclamé se confie.

Son été ne sera pas synonyme de farniente sur une plage des ­Seychelles ou de Porto-Vecchio. Comme nombre de ses camarades chanteurs et chanteuses, Julien Doré va passer les deux prochains mois sur les routes de France à écumer les festivals. Une mini-tournée dans le cadre de sa tournée marathon entamée en mars dans les Zéniths et Arenas avec un show de haute volée qui a déjà rassemblé plus de 500. 000 personnes - elle se terminera en novembre 2026.

Un triomphe ­d'autant plus spectaculaire que l'artiste se produit sans nouvelles chansons à défendre  : son sixième album renoue, dix-huit ans après Nouvelle Star, avec l'exercice de la reprise (de K.Maro à Jean-Louis Murat). Ironiquement baptisé Imposteur, il s'est déjà écoulé à plus de 150. 000 exemplaires (disque de platine). Un carton plein et un pied de nez à ceux qui lui prédisaient une carrière météorique après son sacre cathodique...

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LA TRIBUNE DIMANCHE — L'été, avec ses festivals, est une période chargée pour les artistes. À quoi ressemblaient vos étés quand vous n'étiez pas un chanteur populaire ?

JULIEN DORÉ — J'enchaînais les jobs saisonniers pour payer mes études aux Beaux-Arts. Je travaillais sur les chantiers, je m'occupais de la mise en rayon dans les supermarchés... J'en garde de très bons souvenirs. Les étés de mon enfance étaient plus reposants, je restais avec mes parents dans mon Sud, entre la Camargue et les Cévennes, où je suis retourné vivre il y a six ans. Nous ne partions pas pour de grands voyages, le but était de profiter de cette saison magique dans un territoire tout aussi magique avec sa nature omniprésente, les rivières, la mer...

Vous êtes en tournée depuis mars avec un spectacle très ambitieux. On verra le même en festival ?

On est malheureusement dans l'obligation de changer radicalement le décor et la mise en scène, c'est la règle du jeu en festival. ­Impossible d'installer sur une scène unique où plusieurs artistes se succèdent, un dispositif aussi lourd que celui des Zéniths et des Arenas. Mais on compense différemment. Ce qui prime en festival, c'est d'amener ses chansons, mais aussi une certaine énergie, une certaine joie et un plaisir de partage avec le public, qui vient pour vous mais aussi pour tous les autres groupes.

Je fuis le snobisme.

C'est justement l'ambition de votre album de reprises, qui réveille beaucoup d'émotions collectives...

Oui, je voulais offrir une respiration joyeuse. Mon précédent album, Aimée, portait le prénom de ma grand-mère et de ma mère. Beaucoup de chansons s'adressaient également au monde de l'enfance et à la possibilité d'être père. Et puis la vie a fait que j'ai perdu successivement ma grand-mère à l'âge de 102 ans, puis ma mère... Et je suis devenu père pendant la tournée. Une période étrange, partagée entre tristesse et joie... Je ne me voyais pas revenir avec un album sur le deuil et la paternité. Quand un papa chanteur dédie une chanson à son fils, ça peut être magique comme profondément raté. Si j'avais écrit de nouvelles chansons dans l'urgence du ressenti, elles auraient abordé des sujets déjà présents dans Aimée. Je trouvais plus intéressant de jeter un regard dans le rétroviseur. Et derrière, il y avait un chemin de dix-huit ans qui avait commencé en reprenant les chansons des autres dans une émission télé...

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Virginie Efira avait joué un rôle très important lors de votre toute première audition de la Nouvelle Star à Marseille. Vous êtes restés en contact ?

J'étais venu avec mon ukulélé, et là, le jury me dit  : « Impossible, il faut chanter a cappella. » J'avais refusé  ; heureusement, Virginie Efira m'avait rattrapé dans les coulisses et convaincu de revenir. Sans elle, l'aventure se serait arrêtée là... Nous sommes rapidement devenus amis, et c'est toujours le cas. Elle a même accepté de tourner dans le clip de la chanson Kiki, sur l'album Aimée. Dans le monde de la chanson, Clara Luciani est également une personne très précieuse pour moi. Elle a chanté sur mon album, j'ai chanté sur le sien très naturellement. Nous avons même découvert que nos grands-pères respectifs avaient été mineurs dans la région d'Alès.

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Dans votre album, vous faites le grand écart en reprenant des chansons de Mylène Farmer, Frank Sinatra, Philippe Risoli et William Sheller... Vous confirmez votre goût pour l'éclectisme...

Je fuis le snobisme. Ce disque, c'est un peu la BO de ma vie. Toutes ces chansons ont marqué mon enfance, mon adolescence et ma vie d'adulte. C'est un cheminement dénué de tout jugement, de hiérarchie entre bon et mauvais goût. Je laisse cela aux arbitres des élégances que j'ai beaucoup fréquentés aux Beaux-Arts. Ce qui est intéressant dans l'exercice de la reprise, c'est le détournement. Je prends une chanson, je la déshabille pour ne garder que la mélodie, le texte, et j'essaie de la proposer sous un angle nouveau. Et puis il y a quelque chose d'un peu cynique dans ce snobisme. J'en ai vu des types bourrés chanter un tube de variété qu'ils considéraient le matin comme une chanson de « mauvais goût ».

Depuis Nouvelle Star, vous avez remporté quatre victoires de la musique, écrit pour Johnny Hallyday et Françoise Hardy... Le syndrome de l'imposteur vous travaille encore ou c'est de la coquetterie ?

C'est un clin d'œil à mes débuts. « Imposteur » est le premier mot que j'ai lu à l'époque de Nouvelle Star. Pendant l'enregistrement de l'album, je suis tombé sur un article de l'époque titré « Julien Doré  : imposteur ou génie  ? ». Je trouvais rigolo de m'en servir pour le titre de cet album. Et puis le sentiment d'imposture est pour moi une sorte de vitamine qui amène une énergie positive  : douter de sa légitimité pour toujours se remettre en question, essayer des choses nouvelles, prendre des risques...

J'envisage plutôt une forme de décélération : être moins sur le devant de la scène pour accompagner de jeunes artistes de manière très concrète,

Comment avez-vous convaincu Sharon Stone de chanter Paroles... paroles... sur votre album ?

On s'était rencontrés en 2018 au Festival de Cannes, où je donnais un concert piano-voix. Personne ne m'écoutait, sauf Sharon Stone. Elle était venue s'asseoir à côté de moi, nous avions échangé quelques mots. Par la suite, nous sommes restés en contact par ­Instagram. Pendant la préparation de l'album, je lui ai simplement envoyé un message pour lui proposer ce duo. Elle m'a répondu « cela n'a aucun sens », mais elle a accepté. J'ai ­profité de sa venue à Berlin, où elle exposait ses toiles, pour la rencontrer et enregistrer le titre.

En concert en mars à la LDLC Arena de Lyon-Décines (Rhône).
En concert en mars à la LDLC Arena de Lyon-Décines (Rhône). (Crédits : LTD/Goledzinowski)

Je trouvais amusant d'inverser les rôles  : à elle le parlé-chanté d'Alain Delon, à moi la partie vocale de Dalida. Elle n'avait jamais enregistré une chanson de sa vie, mais elle s'est prêtée au jeu. Elle a juste été un peu intriguée par mon style  : jogging bleu, claquettes et chaussettes. C'était mon costume de travail pendant toute la préparation du disque, et je tenais à le garder, même en présence de Sharon Stone.

Dans le clip de Pourvu qu'elles soient douces, on vous voit dans une parodie de télé-crochet. Sur l'écran, un texte appelle à soutenir Julien Doré au moyen d'un appel surtaxé, qui renvoie à un numéro pour faire des dons à la SPA... Vous aimez jouer avec les codes du marketing ?

Oui, énormément, et dans le cas présent cela me permet d'apporter ma petite contribution à la cause animale. Avant la sortie du disque, j'ai aussi récupéré un gros stock de barrettes, celles que je portais dans Nouvelle Star. J'en ai glissé dans certains des albums précommandés, et les heureux élus gagnaient une invitation pour une soirée karaoké en ma compagnie. Je me suis aussi amusé à organiser une partie de cache-cache avec des sosies et des fans dans une Fnac. À eux de trouver le vrai Julien Doré... On est encore sur du détournement et c'est hyper intéressant de le faire avec les codes du marketing, qui est souvent considéré comme un gros mot alors que cela peut être joyeux et inventif.

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Vous reprenez en concert Mourir sur scène. C'est votre but ?

C'est une chanson tout simplement magnifique. Je ne sais pas encore comment se terminera ma vie, fort heureusement, peut-être en chantant sur scène, peut-être en cultivant mon potager dans les Cévennes...

Et comment vous envisagez les dix prochaines années ?

Jouer au Stade de France n'est pas un objectif. J'envisage plutôt une forme de décélération : être moins sur le devant de la scène pour accompagner de jeunes artistes de manière très concrète, dans leur musique, mais aussi pour structurer leur univers, les aider dans la mise en scène des concerts. Alors on me verra peut-être un peu moins souvent, mais je ne cherche pas à cultiver une omniprésence médiatique qui est à mon sens piégeuse.

Aujourd'hui il faut constamment occuper le terrain sous peine de disparaître. Je peux comprendre cette peur, mais elle n'existe plus chez moi. Mon modèle, c'est Francis Cabrel qui a déclaré un jour  : « J'aime monter sur scène, j'aime aussi en descendre. » Tout est dit. Prendre son temps entre les albums, se taire si on n'a rien à dire et revenir avec une proposition forte. C'est une vraie preuve de respect pour le public.

La tournée de Julien Doré

  • Festival Pause Guitare, à Albi les 3 et 5 juin
  • Le Printemps de Pérouges le 25 juin (complet)
  • Les Déferlantes, au Barcarès, le 26 juin
  • Aluna, à Ruoms le 27 juin 
  • Festival la Nuit de l'Erdre le 4 juillet 
  • Main Square Festival, à Arras, le 5 juillet 
  • Musilac, à Aix-les-Bains, le 10 juillet
  • Lunel le 11 juillet (complet) 
  • Les Francofolies le 13 juillet
  • Festival de Carcassonne le 26 juillet (complet)
  • Les Vieilles Charrues le 18 juillet 
  • Colmar le 28 juillet 
  • Ajaccio le 30 juillet
  • Le Cabaret Vert, à Charleville-Mézières, le 17 août

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Qui sera la star de l'été ?

Et la palme de l'artiste le plus programmé en festival revient à... Julien Doré, mais aussi à Philippe Katerine et à Matthieu Chedid avec son projet afro Lamomali. Tous trois arrivent ex aequo avec 25 concerts donnés cet été aux quatre coins de la France (mais aussi en Suisse et en Belgique). Derrière ce peloton de tête, on retrouve la chanteuse Santa (22 dates), dont le dernier album, Recommence-moi, s'est écoulé à plus de 150 .000 exemplaires.

Elle est suivie par Hoshi (20), le gagnant de la Star Academy Pierre Garnier (18), Clara Luciani (16), Jean-Louis Aubert (15), Barbara Pravi (14), le duo rock de Perpignan The Limiñanas (10), DJ Snake (9)... Moins présente que l'année dernière en raison d'une tournée marathon dans toute l'Europe, Zaho de Sagazan sera tout de même à l'affiche d'une douzaine de festivals (Vieilles Charrues, Festival de Nîmes, Cabaret Vert...). La crème de la scène rap sera également représentée avec sa nouvelle star Tiakola (20), mais aussi Gazo (17), Vald et SDM (12), sans oublier le duo belge Caballero & Jean Jass, programmé dans pas moins de 18 festivals dans tout l'Hexagone.  

Propos recueillis par Éric Mandel

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