Le Festival de Cannes 2025 sacre l’Iranien Jafar Panahi avec une Palme d’or engagée, au terme d’un palmarès qui consacre une nouvelle génération de cinéastes ainsi que des films aux accents politiques.
L'émotion l'a terrassé sur son siège pendant quelques secondes, alors que la salle se levait pour l'applaudir. Pour Un simple accident, son onzième film tourné clandestinement, l'Iranien Jafar Panahi, 64 ans, remporte la Palme d'or de l'engagement et la liberté.
Le cinéaste, grand maître des films à portée politique, signe une histoire qui résonne avec son propre sort, lui qui a été emprisonné deux fois par le régime des mollahs. Faut-il se faire justice soi-même ? Voilà la question posée par ce film, à la fois thriller, conte moral et charge imparable contre les autorités iraniennes, qui montre d'anciens détenus tentés de se venger de leur tortionnaire.
Le réalisateur norvégien surdoué Joachim Trier, ému lui aussi, est reparti avec le grand prix pour Valeur sentimentale. Un magnifique mélodrame entre rire et larmes, que ne renierait ni Tchekov ni Shakespeare, qui rend hommage au cinéma à travers l'histoire d'une actrice de théâtre que son père, réalisateur, aimerait diriger dans son nouveau film.
L'histoire est belle : Hafsia Herzi, actrice révélée aux Césars dans La Graine et le Mulet (2007), vient de révéler à son tour une formidable actrice grâce à son magnifique troisième film, La petite dernière. Repérée dans la rue par casting sauvage, Nadia Melliti remporte donc le prix d'interprétation féminine. Dans le film, casquette vissée sur la tête et regard farouche, elle s'avère très touchante et inspirée, en jeune musulmane qui découvre son homosexualité.
Le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho, reparti bredouille de Cannes il y a neuf ans pour l'excellent Aquarius (2016), décroche le prix de la mise en scène pour L'Agent secret. Un film captivant et foisonnant, situé à Recife au Brésil en 1977, qui porte à la fois sur la société brésilienne, son passé, ses démons et sa culture et sur l'intimité d'une famille emportée juste avant la fin de la dictature. Son interprète principal, Wagner Moura, qui illumine tout le film, décroche le prix d'interprétation masculine pour ce rôle de quadragénaire menacé de mort, qui tente de construire une nouvelle vie avec son fils.
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Deux films se partagent le prix du jury, qui ont tous les deux divisé les festivaliers. Sirât, troisième film du franco-espagnol Olivier Laxe, un road-movie qui tend vers le trip mystico-désertique (au Maroc), à la recherche d'une improbable rave party dans un pays en guerre. Ex aequo, Sound of Falling se situe dans la lignée du cinéma de Haneke : dans ce deuxième film austère mais formellement maîtrisé, l'allemande Mascha Schilinski décline les destins de quatre femmes d'une même famille sur quatre décennies différentes.
Habitués du festival, les frères Dardenne, repartent avec le prix du scénario pour Jeunes Mères, un film brossant le portrait de cinq jeunes mères célibataires au sein d'une institution où elles tentent d'échapper à leur déterminisme social. Enfin, le jeune cinéaste chinois Bi Gan, prodige de 35 ans remporte, un prix spécial pour Résurrection, un film-hommage au cinéma, à l'image magnifique, qui s'étend sur tout le XXe siècle, à travers l'errance d'un homme plongé dans ses rêves.