« Enzo », « Voyage au bord de la guerre », « Peacock »... Nos critiques cinéma de la semaine
Aurélien Cabrol avec Charlotte Langrand,

Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 16 juin 2025.
LTD/Leopard Films ; Les Films de Pierre ; Wayna Pitch
Aurélien Cabrol avec Charlotte Langrand,

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C'est une drôle d'œuvre collective. Au départ, un scénario coécrit par un talentueux tandem qui avait déjà fait ses preuves : le scénariste Robin Campillo, passé à la réalisation avec 120 Battements par minute, et le cinéaste Laurent Cantet, découvert en 2000 avec Ressources humaines (césar du meilleur premier film). Avec quatre films écrits ensemble et six de Cantet au montage signé Campillo, la complicité amicale et artistique entre ces deux-là était totale.

Mais la disparition de Laurent Cantet en avril 2024, alors même qu'il s'apprêtait à tourner leur nouveau scénario commun, a changé brutalement la donne. Se sachant condamné, le cinéaste avait décidé avec sa femme Isabelle et sa productrice Marie-Ange Luciani de confier à Campillo le soin de mener à bien le projet et d'en assurer la réalisation.
Le résultat est désormais sur les écrans : Enzo est un film écrit puis préparé (casting inclus) par les deux amis, tourné puis monté par Robin Campillo, une œuvre hybride partiellement à quatre mains, dans l'esprit du cinéma de Cantet mais avec la touche Campillo. Et, de fait, on retrouve la volonté du premier de mêler le politique à l'intime, avec un regain de sensualité apporté par le second.
L'histoire se déroule à La Ciotat le temps d'un été. Enzo, 16 ans, travaille sur un chantier comme apprenti maçon depuis huit mois et il s'y plaît. Mais ses parents, elle prof de fac et lui ingénieur (Élodie Bouchez et Pierfrancesco Favino, tous deux impeccables), ont bien du mal à s'y faire, dans le cadre de vie idyllique de leur très luxueuse villa avec piscine qui domine la baie de La Ciotat.
Partant de cette incompréhension mutuelle profonde, le film brosse le portrait intime d'un adolescent en quête d'identité. « Je veux faire quelque chose qui dure », dit ainsi Enzo, incarné par Eloy Pohu dans son premier rôle sur grand écran. Découverte d'un métier, découverte d'un univers social, découverte de l'autre et du dépit amoureux... Enzo n'en finit pas de multiplier les expériences heureuses ou douloureuses dans un environnement dont forcément il n'a pas encore tous les codes et les clés.
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Se situant notamment dans la lignée de Luca Guadagnino (Call Me by Your Name, 2017) et de François Ozon (Été 85, 2020), le film de Cantet et Campillo procède par petites touches pour dire le malaise d'une personnalité en formation. Confronté à des adultes pleins de certitudes ou d'indifférence, Enzo se cherche et cherche à décrypter un monde qui lui échappe. Ce monde qui lui semble trop souvent opaque, à l'image des immenses baies vitrées faussement transparentes et vraiment trompeuses de la belle villa familiale. Tels des filtres entre la réalité et lui.
Comme toujours chez Laurent Cantet, les lieux du film jouent un rôle déterminant, à l'instar de l'usine de Ressources humaines, de l'habitacle de la voiture dans L'Emploi du temps ou de la salle de classe dans Entre les murs. Ici, le chantier sur lequel travaille Enzo est le lieu des prolétaires tandis que la villa de ses parents incarne la culture bourgeoise.
Aucun manichéisme cependant, chaque endroit porte ses propres contradictions et limites. La preuve que l'avenir d'Enzo se situera peut-être ailleurs. C'est l'un des mérites de ce beau film que de refuser jusqu'au bout d'imposer un point de vue ou une lecture unique. À ses personnages comme à ses spectateurs.
ℹ️ Enzo, de Robin Campillo, avec Eloy Pohu, Élodie Bouchez, Pierfrancesco Favino, Maksym Slivinskyi. 1h42. Sortie mercredi.
Talentueux auteur de comédies joyeusement déjantées comme La Fille du 14 juillet, Antonin Peretjatko surprend cette fois son monde en proposant un documentaire à la première personne du singulier, sur fond de conflit en Ukraine. Avec Voyage au bord de la guerre, le cinéaste part dans ce pays dont était originaire son grand-père. Sans feuille de route précise, juste accompagné d'un passeur, Andrei, il fait des rencontres, parle avec des gens dont beaucoup sont des artistes comme lui.

Avec la volonté évidente de montrer que ce qui se passe là-bas n'est guère éloigné de ce que l'on vit ici, ou du moins que nul exotisme ne saurait être évoqué quand on parle de l'Ukraine. Nos sociétés se ressemblent. Tournées en 16 mm, les images contribuent à renforcer cette proximité : on a le sentiment d'assister à un « film de famille ». Jamais sentencieux ou grandiloquent, Peretjatko nous donne à voir d'autres réalités plus proches, plus sensibles. Loin du fracas médiatique. Tout près d'une humanité dont l'héroïsme est tout simplement quotidien.
ℹ️ Voyage au bord de la guerre, d'Antonin Peretjatko. 1h02. Sortie mercredi.
Matthias est à louer. Se faire passer pour un petit ami idéal, un fils admiratif de son père, un répétiteur pour disputes conjugales... aucun problème pour lui : il en a fait son métier, au sein d'une agence de location qui finalement ne dépare pas dans une société aseptisée où tout est bon pour entretenir les apparences. Mais si Matthias excelle dans son job, il n'en est pas de même dans sa vie personnelle, quand il s'agit d'être... lui-même.

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L'Autrichien Bernhard Wenger, qui a remporté 40 prix pour son court-métrage Excusez-moi, je cherche la salle de ping-pong et ma copine, réussit pour son premier « long » à nous plonger dans le monde aussi snob que froid de la haute bourgeoisie et de l'art contemporain : il nous rappelle celui du Suédois Ruben Östlund (The Square) mais reste, lui, délicat et humain avec ses personnages et dans sa mise en scène. Quoique prévisible dans son scénario, ce premier opus est bourré d'humour noir, visuel et satirique et porté par l'excellent Albrecht Schuch.
ℹ️ Peacock, de Bernhard Wenger, avec Albrecht Schuch, Julia Franz Richter, Anton Noori. 1h42. Sortie mercredi.
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