« Mikado », « Bergers », « Le Village aux portes du paradis »... Nos critiques cinéma de la semaine
Aurélien Cabrol et Marc-Aurèle Garreau

Notre sélection cinéma de la semaine.
LTD/DR
Aurélien Cabrol et Marc-Aurèle Garreau

Notre sélection cinéma de la semaine.
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Mikado, nouveau film de la réalisatrice Baya Kasmi, s'ouvre comme un road-movie : Mikado et Laëtitia, incarnés par Félix Moati et Vimala Pons, un couple d'adultes abîmés par leur enfance passée en familles d'accueil, sont en fuite. Ils ont une bonne raison de rester sur les routes qu'ils parcourent dans leur van : ils n'ont jamais déclaré la naissance de leurs deux enfants, Nuage et Zéphir. Mikado, qui conjure sa profonde tristesse par des rires compulsifs, vit depuis toujours dans la terreur de l'abandon et prend tous les risques pour que ses enfants ne lui soient pas retirés.
Convoqué par le tribunal de Marseille pour avoir harcelé et menacé son ancienne famille d'accueil, ce père très faillible esquive, encore : ce sera l'Espagne. Mais lorsque Mikado et Laëtitia s'arrêtent au bord de la route pour aider Vincent, quinquagénaire, incarné par Ramzy Bedia, qui vit seul avec sa fille dans l'arrière-pays toulonnais, cette étape improvisée va bouleverser leur vie.
Pour Mikado, Baya Kasmi prend à revers son art de la comédie sociale à l'accent fantaisiste. Ce troisième long-métrage est en effet un authentique drame social et familial, pour lequel la réalisatrice garde sa fibre romanesque, portée à nouveau sur des caractères et des existences antagonistes. Depuis une partition où la mélancolie et la joie s'enlacent, elle insiste sur le murmure d'un bonheur à portée de main et s'attache avec empathie aux parents comme aux enfants pour élargir la menace qui pèse sur cet espoir. Si le très jeune Zéphir (Louis Obry) est excessivement en retrait, sa grande sœur Nuage, excellente Patience Munchenbach, vit intensément les tourments d'une adolescence déracinée et risquée, Mikado développant ainsi par ce personnage son drame sur plusieurs âges.

L'horizon de Mikado est de faire famille, et Baya Kasmi fait de même en confiant le rôle de Laëtitia à son actrice fétiche, Vimala Pons. Celle-ci, funambule experte de l'émotion, est capable dans le même geste de lier tendresse et rage, brutalité et délicatesse. Il faut la voir plaquer violemment Mikado contre leur van, retenant ses coups pour ne pas l'accabler encore plus de ses erreurs répétées, dans une scène silencieuse où cependant tout est puissamment dit.
Mais c'est par la performance de Vimala Pons, et celle de Ramzy Bedia qui porte avec une belle pudeur la tragédie intime de Vincent, qu'apparaît aussi en creux la faiblesse de ce joli Mikado. Félix Moati, au demeurant aussi juste qu'intense, incarne malgré son rôle-titre un personnage plus central que principal, au sein d'un récit qui hésite alors entre le portrait d'une paternité bouleversée et le drame choral, multipliant les différents points de vue à l'excès. Alors, si le casting brille de mille feux dans la belle photographie de Mikado, avec des dialogues à plein et demi-mots qui touchent au cœur, on pourra regretter que cette conduite finalement multiple du récit empèse sa précieuse émotion, là où l'épure l'aurait sublimée.
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Mais qu'est-ce que vient donc faire Mathyas à Arles après avoir brusquement quitté son Québec natal et son métier très rémunérateur de créateur de pub ? Ainsi commence Bergers, le nouveau film de la cinéaste canadienne Sophie Deraspe. Et dans les premières minutes, on peut même croire à un documentaire tant tout sonne juste sous le beau soleil arlésien. Et puis la fiction reprend ses droits avec le portrait de ce personnage principal joué par Félix-Antoine Duval quand on comprend notamment que ce dernier est venu en France pour devenir... berger !

Sans rien savoir ou presque du pastoralisme, ou du moins sans en mesurer vraiment et les rudesses et l'exigence de tous les instants au service d'un troupeau. Ce grand naïf tente donc de trouver un patron pour devenir son apprenti au cours d'une transhumance à venir vers les hauts pâturages.
On s'étonne un peu de trouver face à lui des acteurs français de renom comme Guilaine Londez et Bruno Raffaelli qui tentent assez maladroitement de prendre un accent méridional et se révèlent assez peu crédibles dans leurs habits ruraux. Mais l'essentiel du film est assurément ailleurs que dans cette fiction finalement assez convenue. Ce qui se déploie ici, c'est une superbe et véritable ode à ces montagnes de Haute Provence et à ces bergers qui résistent au loup, aux élevages industriels et à l'air du temps formaté.
Le fossoyeur Mamargade élève seul Cigaal, son espiègle petit garçon, aux côtés de sa sœur Araweelo qui, sans enfants, est en instance de divorce. Tous trois habitent dans un petit village somalien au bord de l'océan Indien. Le minimalisme semble ainsi être le mot d'ordre du Village aux portes du paradis, le nouveau film du cinéaste austro-somalien Mo Harawe, présenté à Cannes l'an dernier et qui se déroule dans son propre village natal. Faire du cinéma en Somalie relève du pari fou et le cinéaste a dû déployer des trésors d'inventivité pour faire du casting sauvage dans la rue, décider du choix des décors réels au dernier moment, oublier l'idée d'un plan de tournage rigoureux.

Le résultat est d'autant plus saisissant de maîtrise et d'intensité. Chaque plan, chaque image, chaque séquence semble avoir été longuement pensée avant d'être tournée. Et c'est un petit miracle qui s'opère alors sous nos yeux.

En racontant dans Voyage avec mon père l'histoire d'un père rescapé d'Auschwitz qui part en vacances en Pologne avec sa fille journaliste new-yorkaise, la cinéaste allemande Julia von Heinz fait le pari toujours risqué de l'humour et de la fable. Mais, grâce notamment à un réjouissant casting mené par le tandem familial Lena Dunham-Stephen Fry, le propos est tenu et l'émotion peut naître au détour de telle ou telle scène.
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Peu à peu, le père, d'abord carrément hostile à ce voyage, en accepte l'idée puis la réalité, comprenant notamment qu'il s'agit aussi de saisir l'occasion idéale pour renouer avec sa fille. Le film trouve alors pleinement son équilibre et son harmonie, entre intimisme et quête de mémoire. Et de sa fragilité initiale, il a assurément fait une force.
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