Printemps du cinéma : les coups de cœur de la rédaction
Le service culture de La Tribune Dimanche

Les coups de cœur de la rédaction pour le Printemps du cinéma.
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Avec ses places de cinéma à 5 euros, l'opération « Le printemps du cinéma » revient ce dimanche jusqu'à mardi 25 mars. 6000 salles dans toute la France y participent et étendent ce tarif unique à tous les films à l'affiche dont Mickey 17, Les Lumières l'aventure continue, Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, The last show girl, La cache, The Insider, Le système Victoria ou Mercato. Parfait pour les séances de rattrapage.
Voici parmi les films que vous pourrez voir lors cette opération de la Fédération nationale du cinéma français, ceux que La Tribune Dimanche a préféré.
Après une première salve en 2016 (Lumière ! - L'aventure commence), Thierry Frémaux qui, entre autres, dirige l'Institut Lumière à Lyon, sort Lumière - L'aventure continue ! On pouvait craindre l'ennui de la répétition ou des premiers essais maladroits. C'est tout le contraire qui se déroule sous nos yeux sidérés devant tant de beauté, de grâce et d'évidence. On voit tout simplement naître le cinéma.

Il est déjà formé, il sait où poser la caméra, il sait nous faire rire, nous émouvoir, nous bouleverser, nous captiver. Tout est là de ce qui nous pousse toujours aujourd'hui à fréquenter les salles obscures. Car c'est bien d'elles qu'il s'agit ici, comme nous le rappelle régulièrement Thierry Frémaux dans son commentaire hautement pédagogique mais surtout grandement inspiré : les Lumière ont inventé le cinéma, c'est-à-dire un art nouveau et le lieu unique et singulier qui va avec, la salle de cinéma. C'est bien ce tandem qui est célébré ici tandis que tout du long court la merveilleuse musique de Gabriel Fauré, contemporaine de ces images.
C'est, à la première personne du singulier, l'histoire d'une journaliste qui, après avoir été violée, décide que ce crime ne restera pas impuni. Le tout dans son pays, le Japon, où le mouvement MeToo n'a rencontré que fort peu d'écho. Shiori Ito adapte et prolonge ainsi son propre livre (paru en France aux éditions Picquier en 2019), avec Black Box Diaries, un documentaire coup de poing.
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Droguée puis violée après un dîner professionnel, la journaliste part à la recherche d'éléments et de témoins capables de vaincre les réticences de la police à enregistrer sa plainte. Caméra et micro cachés, entretiens téléphoniques, tout y passe pour mener à bien son enquête et remonter jusqu'à l'auteur des faits aussi proche du pouvoir qu'a priori intouchable. Si elle parvient à faire évoluer la loi japonaise sur le viol inchangée depuis... 1868, elle a échoué cependant à faire sortir son film en forme de réquisitoire implacable et glaçant dans son propre pays.
Osons l'avouer : avant de découvrir le film de Brady Corbet, avec Adrien Brody dans le rôle-titre, on ignorait tout du « brutalisme » et d'abord qu'il s'agissait d'un courant architectural de première importance depuis sa naissance dans les années 1950. Et pourtant, les premières réalisations brutalistes s'inspiraient d'un illustre modèle, l'architecte franco-suisse Le Corbusier. Les caractéristiques du brutalisme ?
Des fenêtres et des ouvertures en très grand nombre, un dépouillement ornemental revendiqué, la répétition assumée d'éléments architecturaux identiques et surtout l'utilisation du béton brut et laissé tel quel. Les historiens de l'art s'accordent pour dire que l'on en voit la première véritable concrétisation en 1949 en Suède avec la villa Göth, à Uppsala. D'autres réalisations verront ensuite le jour en Angleterre, puis dans le reste de l'Europe et du monde.

Brady Corbet, l'auteur américain de The Brutalist, aurait pu choisir la voie facile du biopic de l'un des représentants de ce courant architectural. Or il a choisi la voie plus ambitieuse et singulière de la fiction totale en inventant purement et simplement la figure de László Tóth, qu'incarne Brody à la perfection. On voit ce rescapé des camps débarquer à Ellis Island en 1947 et entamer un véritable parcours du combattant pour s'imposer, entre antisémitisme et xénophobie.
On est alors bien loin de l'image d'Épinal d'une Amérique « terre d'accueil ». Mais le génie de Tóth émerge à l'occasion de la reconstruction de l'impressionnante bibliothèque d'un magnat de l'industrie, préfiguration d'une conception à la fois minimaliste, utilitaire et superbe de l'art architectural.
Confronté au grand capital américain avec ses limites esthétiques et intellectuelles et sa prodigalité financière, le génie de Tóth triomphe et il obtient de bâtir un vaste centre culturel abritant également une église destinée à accueillir le tombeau de la mère du milliardaire commanditaire. Le scénario pourrait se contenter de ce récit titanesque. Mais Corbett va bien plus loin à travers notamment l'irruption de l'épouse de l'architecte et l'adoption d'une nièce orpheline bien des années plus tard. Autant d'éléments qui se télescopent et s'entrecroisent, le film cheminant alors entre trivialité et sublime.
Le réel le plus prosaïque n'arrête pas de se rappeler au bon souvenir du personnage principal, figure à la fois héroïque et tragique, démesurée et dérisoire. Shoah, création artistique, statut du créateur, capitalisme, intégration, racisme : The Brutalist embrasse tous ces sujets sans jamais donner l'impression de les maltraiter ou de s'en servir comme des alibis.
Et il faut bien trois heures et demie et un entracte de quinze minutes au milieu pour exprimer ce foisonnement dans un film qui ne cède jamais à la facilité sans pour autant négliger une dimension romanesque servie par un casting exceptionnel. « C'est la destination qui compte, pas le chemin », dit l'une des protagonistes dans un propos abrupt qui semble à rebours du film, tant ce dernier met en avant la difficulté d'un parcours hors norme. Mais au fond, pour Tóth, le cheminement et le but finissent par se confondre en un destin exceptionnel.
Le cinéma iranien n'a pas fini de nous étonner. Après le choc provoqué à Cannes l'an passé par Les Graines du figuier sauvage de Mohammad Rasoulof, le film du tandem Maryam Moqadam et Behtash Sanaeeha, Mon gâteau préféré, constitue dans un tout autre genre une très belle surprise. Sur le papier, l'idylle naissante entre deux septuagénaires, l'un divorcé et l'autre veuve, pouvait faire craindre un énième tableau complaisant et voyeuriste des amours vieillissantes.

Or c'est tout le contraire. D'abord parce que les deux cinéastes ont l'intelligence de ne pas centrer leur propos, au moins dans un premier temps, sur le duo que vont former les deux protagonistes, Mahin et Faramarz. On assiste ainsi à plusieurs scènes qui sont autant de petits tableaux de la vie quotidienne à Téhéran : une conversation sans tabou entre amies de longue date, les réflexions désabusées d'un groupe masculin dans un café, et surtout l'altercation sidérante entre la police des mœurs et une jeune fille qui voudrait vivre librement.
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Autant de moments de vérité qu'on dirait tout droit sortis d'un film documentaire tellement tout sonne juste. Puis vient le temps où l'objectif se resserre entre un homme et une femme dont les vies tournent au ralenti. Le film prend alors le tempo d'un huis clos dans la jolie maison de Mahin et son grand jardin. Rarement on aura filmé les premiers instants d'une rencontre amoureuse avec autant de pudeur et de malice partagées. Les deux cinéastes évitent avec brio les écueils de l'attendrissement niais ou, à l'opposé, de la description clinique. On ne dira rien, comme il se doit, de l'évolution de cet amour aussi tardif que puissant. Mais jusqu'au bout le film tient la note de la singularité, et c'est tant mieux.
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