À la veille de la 3e conférence des Nations unies sur l'océan, la Biennale des arts et de l'océan largue les amarres de nos imaginaires.« Homme libre, toujours tu chériras la mer ! » a écrit Baudelaire. Mais ça, c'était avant. L'homme dépend aujourd'hui de ses excès. Il ne chérit plus la mer. Il la détériore, la violente, l'ensanglante. Je t'aime, moi non plus. Océans et mers sont célébrés de loin mais abîmés de près. La mer tousse et l'homme crève, mais c'est lui qui la rend malade. Consommation hystérique, biodiversité en danger, montée du niveau des océans, dérèglement climatique, nous sommes des agresseurs en série.
L'art peut raconter, montrer tout cela. En résonance à la 3e conférence des Nations unies sur l'océan (du 9 au 13 juin), les œuvres présentées en onze lieux niçois ne sont pas des promesses, pas un serpent de mer comme peut l'être une réunion au sommet. Ce sont des phares qui éclairent nos horizons. Parfois dénonciatrices, souvent poétiques, les œuvres exposées sont d'abord des preuves d'amour, un amour en danger par qui même aime, étrange façon d'aimer comme le dénonce indirectement ou clairement la vingtaine d'artistes majeurs exposés à la villa Arson.
La Biennale des arts et de l'océan a été savamment imaginée par Jean-Jacques Aillagon et Hélène Guenin avec la complicité des directrices et directeurs de chaque lieu. Chacun s'est paré de vagues, d'écume, de vues sur la mer ou s'est laissé envahir par d'étranges bébêtes et plantes sous-marines irréelles. Les expositions invitent à emporter une multitude d'impressions de mer. À chaque visiteur-promeneur de naviguer comme il le souhaite. Les onze expositions emplissent l'âme de vagues joyeuses ou inquiétantes, mettent de la tempête dans nos cerveaux et larguent les amarres de nos imaginaires.