Grégory Gadebois au sommet, Étienne de Crécy à l’Olympia... Nos critiques scènes de la semaine
Armelle Héliot avec Eric Mandel

Découvrez nos critiques scènes de la semaine du 17 mars.
LTD/Laurencine Lot/Mathieu Zazzo/ Marie de Crécy
Armelle Héliot avec Eric Mandel

Découvrez nos critiques scènes de la semaine du 17 mars.
LTD/Laurencine Lot/Mathieu Zazzo/ Marie de Crécy
Il pénètre par le fond du plateau, côté gauche. Il tient à la main un cartable. Il pénètre dans l'espace de jeu, fortement éclairé. Il s'assied dans le fauteuil mobile installé à l'avant et n'en bougera plus avant de disparaître, par où il est venu. Depuis plus de dix ans, Grégory Gadebois est Charlie. Il a reçu un molière en 2014 pour sa bouleversante incarnation du jeune homme simplet qu'une opération du cerveau rend génial, avant que tout ne retombe.

Algernon est le nom de la souris qui a subi la même expérimentation et en est morte. Des fleurs pour Algernon, célèbre roman de l'Américain Daniel Keyes, adapté par Gérald Sibleyras, mis en scène par Anne Kessler, est un spectacle miraculeux. L'essentiel est lié au jeu. Aucun effet, aucun surlignage. Charlie a extirpé de la serviette de cuir un carnet rouge. Son journal. Pas d'autre appui. Tout est intériorité, regard bleu clair qui traduit le cœur pur, mains expressives, voix aux inflexions précises qui disent l'innocence et la lucidité. Un sommet de l'art théâtral.
📍 Des fleurs pour Algernon, au Petit Saint-Martin jusqu'au 4 mai, du mercredi au samedi à 21 heures, le dimanche à 18 heures. Tél. : 01 42 08 00 32. Durée : 1 h 20.
Pilier de la French touch avec sa trilogie Super Discount, le prolifique Étienne de Crécy signe un retour remarqué avec un album dont les intentions sont parfaitement résumées par son titre. Warm Up, comprendre « se chauffer » et « s'échauffer » avant d'entrer dans le dur d'une fête techno. Au menu, onze chansons d'inspiration pop dans son acception la plus large, composées durant le confinement par le maître laborantin dans son studio parisien puis enregistrées par ses soins, sans aucun musicien mais avec le concours de ses chanteurs et chanteuses préférés.

Citons Alexis Taylor de Hot Chip, le rappeur de Chicago Frank Leone, Olivia Merilahti (feu The Do), l'Américaine Caroline Rose... Et, cerise sur le gâteau, Damon Albarn pour un finale mélancolique en apesanteur. Résultat, un disque organique à l'éclectisme harmonieux entre rock indie (le puissant Ignition avec Sugar Pit), hip-hop nonchalant (With You), pop dansante (Karma), ballades soul (Take It Back) et titres franchement électro (l'excellent Brass Band avec le Suédois Peter von Poehl). Bref, un warm-up chaudement recommandé pour s'ambiancer à la maison et attaquer la soirée en club dans les meilleures dispositions.
📍 Warm Up (Pixadelic). En concert le 16 avril à l'Olympia.
Ce que l'on voit, ce que l'on croit voir, l'a-t-on vraiment vu ? Les spectacles de la Compagnie 14 h 20 jettent le spectateur dans un trouble étrange et fascinant. Depuis plus de vingt ans, les artistes qui ont fondé ce groupe de recherche et de création nous enchantent. Ils ont inventé la « magie nouvelle ». Clément Debailleul, Raphaël Navarro, Valentine Losseau sont les pionniers de cette manière grisante de représenter le réel dans toute sa complexité.
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On m'a trouvée grandie est le fruit d'une recherche de Valentine Losseau. Cette jeune femme est une personnalité très riche d'expériences, de connaissances. Anthropologue, elle a étudié les cultures des forêts de l'Amérique du Sud précolombienne et de l'Inde du Nord. Elle écrit et élabore des dispositifs très particuliers. On m'a trouvée grandie, qu'elle met en scène avec Raphaël Navarro, nous conduit à la Salpêtrière à la charnière des XIXe et XXe siècles.

On y fait connaissance de Madeleine, qu'incarne, fragile, évanescente, la danseuse Leïla Ka. Une patiente du docteur Pierre Janet à qui le grand Yvain Juillard prête sa haute silhouette et sa douceur. Madeleine marchait sur la pointe des pieds et aurait connu des moments de lévitation. Autres interprètes, le formidable David Murgia et les bouleversantes Delphine Lanson et Florence Peyrard.
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Ce que réussit la compagnie, c'est de nous faire comprendre, par le truchement d'images qui se dissipent à peine apparues, par les mots, les postures, le jeu, le désarroi des êtres qui semblent excéder le raisonnable, leur sincérité et la noblesse de ceux qui tentent de les comprendre.
📍On m'a trouvée grandie, à la Grande Halle de la Villette les 26 et 28 mars à 20 heures, le 27 à 19 heures, le 29 à 18 heures. Durée : 1 h 30.
Armelle Héliot avec Eric Mandel