On sort bouleversé de la représentation, aux Bouffes du Nord, du Procès de Jeanne. Bouleversé, exalté par la puissance et la beauté de la représentation, transi jusqu'au tréfonds du cœur. L'âme dilatée, l'esprit lourd de questions graves, on descend en soi, on s'interroge, on se recueille. Une heure trente durant, on a été transporté au-delà des limites prosaïques de notre monde, du côté d'une spiritualité sublime qui ne contredit jamais ce qu'il y a de plus pur dans l'être humain.
Judith Chemla a voulu retrouver Jeanne d'Arc. « En 2018, à Amsterdam, j'ai joué Jeanne d'Arc au bûcher d'Arthur Honegger et Paul Claudel. C'était avec l'Orchestre du Concertgebouw sous la direction de Stéphane Denève. J'avais beaucoup travaillé, beaucoup lu. Les minutes du procès m'ont bouleversée et, dès ce moment, j'ai souhaité les dire au théâtre. J'avais déjà travaillé avec Yves Beaunesne pour L'Annonce faite à Marie de Paul Claudel, en 2014, et je savais qu'il saurait mieux que personne trouver la manière d'être un vecteur pour les mots de Jeanne d'Arc. Camille Rocailleux était là lui aussi, et cela avait été une grande expérience. »
Ils se mettent au travail sur ces minutes du procès de 1431. « Je me suis posé la question de l'orchestre, mais nous voulions une forme d'intimité, poursuit-elle. Nous voulions simplement être traversés par quelque chose qui nous dépasse. Les mots de Jeanne m'ont appelée. Ce qu'elle dit est tellement clair, spontané... Elle porte la justice. » Et si Marion Bernède signe le livret du spectacle, tout ce que dit Judith Chemla sont les mots de Jeanne. « Le théâtre est pour moi un espace sacré. Je viens sur scène pour que l'on change de dimension. Et Jeanne nous propulse. Il y a en elle une innocence, une pureté. Elle est vaillante, brave. Et seule. »