Trésors, méandres et légendes : plongée au cœur de « L’Amazonie auvergnate »
SI BEAU, PAS SI LOIN — Balade au vert dans les Combrailles, au cœur de la France, où une rivière serpente à travers un paysage qui ressemble à l’Amérique du Sud. Des trésors à portée de main.
Mathilde Giard
Le méandre de Queuille dans la vallée de la Sioule (Puy-de-Dôme). Cette photo fait partie de l'exposition itinérante « Ailleurs... en France », réalisée avec Gîtes de France pour ses 70 ans.
LTD/STAN FAUTRE/ONLYFRANCE
Ce serpent vert émeraude ondule au milieu d'une végétation touffue, sans âme qui vive à la ronde. On dirait le fleuve Amazone déroulant ses boucles à travers la forêt vierge. Sauf que cette rivière prend sa source dans le Massif central et non les Andes péruviennes. La Sioule traverse une région historique aux confins de l'Auvergne, du Bourbonnais et du Limousin : les Combrailles, un beau pays de basse montagne au parfum d'autrefois, à l'ouest de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme.
La photo a été prise à 700 mètres d'altitude, depuis le village de Queuille. Ce point de vue s'appelle officiellement « le Paradis ». Les habitants qui vivaient autrefois au fond de cette vallée le désignaient ainsi car, plongés dans la brume l'hiver, ils apercevaient avec envie ce ciel bleu là-haut sur la colline.
Un milan déploie ses ailes tel un condor... Si le soleil brille moins intensément qu'en Amérique du Sud, l'archéologue Pierre Ganne porte un chapeau à la Indiana Jones pour s'en protéger lorsqu'il fouille. « Le film n'est pas à recommander pour son côté scientifique, s'amuse-t-il, mais la tenue d'Indy, alias Harrison Ford, est bien adaptée. » Le responsable du musée de Voingt avait lui-même trouvé un trésor. Pas dans la jungle du Royaume du crâne de cristal, mais dans une forêt moite et humide ce jour de mars 2001 : celle de Barberol, à Herment.
Ce passionné d'histoire avait aidé le futur maire du village, Boris Souchal, à mettre au jour 48 pièces d'or apparues dans des ornières boueuses. Les monnaies, émises à la fin du XIVe siècle, remontent à la guerre de Cent Ans. « Elles devaient se trouver dans une bourse, cachée dans une doublure par un Anglais tué près de ce grand axe médiéval, sur l'ancienne voie romaine d'Agrippa », estime Pierre Ganne. En attendant que ce butin soit de nouveau exposé, la Maison archéologique des Combrailles présente d'autres pépites du passé : des poignards du Néolithique découverts près d'un dolmen, une céramique à l'effigie d'Hercule, des graffitis invoquant le dieu Totates, le Toutatis d'Astérix et Obélix !
Le Gour de Tazenat. (Crédits : LTD/Alexis Cacheux)
Le jeu télévisé La Carte aux trésors a choisi les Combrailles pour le dernier épisode de sa saison, diffusé cette fin d'été ou à la Toussaint sur France 3. Les deux candidats se sont envolés en parapente depuis le sommet du puy de Dôme pour atterrir sur cette chaîne de volcans encore plus anciens. Ils y ont survolé le gour de Tazenat, lac de cratère « frais et rond ainsi qu'une pièce d'argent », tel que le décrit Guy de Maupassant dans Mont-Oriol, et où se baignent les vacanciers. « Nous avons exploré des trésors naturels et patrimoniaux entre des villages perchés aux maisons de granit et des châteaux liés à d'intrigantes légendes », décrit Pierre-Antoine Boucly, le producteur de l'émission.
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Les plis du vieux massif recèlent aussi du charbon, de l'argent, du plomb, de l'étain, un peu d'or, du quartz améthyste... La plupart des gisements sont épuisés. Mais des entreprises métallurgiques subsistent, tel le fabricant d'aciers spéciaux et de titane Aubert et Duval aux Ancizes, qui fournit entre autres la fusée Ariane. Les cheminées se dressent au milieu du bocage où paissent des vaches charolaises, au frais. Pas vraiment le climat tropical qui régna lors des éruptions volcaniques et favorisa le développement de forêts luxuriantes comme celles d'Amazonie. Mais ça, c'était durant l'ère primaire.
Derrière l'image
Vallée de la Sioule, vue plongeante sur le méandre de Queuille. (Crédits : LTD/STAN FAUTRE/ONLYFRANCE)
Qu'est-ce qui confère cet aspect amazonien unique au méandre de Queuille, l'un des plus sauvages de France ? Réponse avec Pierre Lavina, géologue et volcanologue dans le Puy-de-Dôme : « Nous sommes dans un contexte de roches granitiques, vieilles de 300 à 400 millions d'années. Lors de la collision entre les plaques tectoniques africaine et eurasienne à la fin de l'ère tertiaire, le Massif central a été rehaussé et pris en tenaille. Puis, depuis au moins 30 millions d'années, l'eau s'est engouffrée dans les zones fragilisées des fractures. Elle a creusé des canyons dans les roches, allant au plus direct. Là, elle a contourné un obstacle géologique plus résistant en formant une boucle presque parfaite. Il existe d'autres méandres sur le cours de la Sioule, dont celui de Montfermy, le plus admiré au XIXe siècle. Celui de Queuille l'a supplanté, magnifié par la masse d'eau créée par le barrage hydroélectrique édifié en 1968. Le reboisement des berges, commencé au XIXe siècle afin d'éviter les glissements de terrain, renforce cet effet Amazonie. Les derniers habitants sont partis, laissant la végétation reprendre ses droits dans ce site classé Natura 2000. Dans des milliers d'années, la presqu'île de Murat redeviendra une île avec deux bras de rivière, puis le méandre s'asséchera et se transformera en bras mort. »
Carnet d'adresses
La cabane dans la jungle
Cabane Natura Tazenat. (Crédits : LTD/Les Coflocs)
Perchées dans les arbres, ces cabanes offrent un zeste d'aventure, sans eau courante ni électricité. Bain nordique à disposition. À partir de 140 euros la nuit, petit déjeuner compris, hissé par une poulie.
📍5, chemin des Héros, Gour de Tazenat, Charbonnières-les‑Vieilles (63).
La suite de campagne
Le Poulailler et les roses. (Crédits : /Suites de Campagne Les Eydieux)
Cette chambre d'hôtes est bien connue des magazines de déco, tout un hameau magnifiquement restauré. Marie-Claire Mercier la joue exotique sur demande, avec un menu aux épices du monde pour le dîner végétarien (30 euros) et des massages ayurvédiques (70 euros). Double avec petit déjeuner, 180 euros.
📍Les Eydieux, Saint-Angel (63).
La table auvergnate
Dans cette institution fondée en 1904, on déjeune de bourriols (galettes salées garnies, spécialité de Haute-Auvergne) au Comptoir, à partir de 16 euros ; on dîne au restaurant du Castel 1904, à partir de 35 euros. Sur réservation.
📍17, rue de Castel, Saint-Gervais-d'Auvergne (63). ☎️ Tél. : 04 73 85 70 42.
Randos au fil du méandre
La ronde du méandre au viaduc des Fades, 10 kilomètres en trois heures, vient d'être élue balade préférée des lecteurs de La Montagne. La randonnée des gorges de la Sioule, 20 kilomètres en six heures, permet de voir le méandre depuis l'autre rive. Possibilité de ne faire que le fragment menant à la rivière, se renseigner à l'office de tourisme.
📍22, avenue du Plan-d'Eau, Les Ancizes-Comps (63). ☎️ Tél. : 04 73 85 80 94.
Vélorail électrique des Fades
Vélorail du Viaduc des Fades. (Crédits : LTD/ecoloisirs)
Ces nacelles montées sur rails permettent de pédaler sur l'ancienne ligne de chemin de fer Lapeyrouse-Volvic, qui désenclava les Combrailles entre 1909 et 2007, et sert de décor pour une énigme dans La Carte aux trésors. Après avoir traversé trois tunnels, demi-tour sur le viaduc des Fades, un exploit architectural, le plus haut du monde à son inauguration. Circuit de 14 kilomètres, 5 à 15 euros.
📍Avenue de la gare, Les Ancizes-Comps (63).
Aller toujours plus loin : le temple bouddhiste de Biollet
Direction le Tibet. La construction de ce temple d'inspiration himalayenne a commencé en 1993 face à la chaîne des Puys. Il est ouvert aux visiteurs, ainsi que sa bambouseraie en contrebas. Cette communauté bouddhiste propose des ateliers de mantras réputés, et vient d'ouvrir une chocolaterie. Accès libre, visite guidée 7 euros.