Vélasquez, pour ses pairs, reste le peintre des peintres. Un film documentaire de Stéphane Sorlat tente de saisir le mystère de l'artiste espagnol et de son influence.La plupart des personnages peints par Vélasquez (1599-1660) fixent le visiteur, l'apostrophent. Hommes et femmes de la rue, bouffons et puissants de la cour d'Espagne, le roi Philippe IV... Leurs regards sont des hameçons qui conduisent à leurs âmes. Regards en errance, en absence souvent, mélancoliques parfois, les personnages de Vélasquez semblent réclamer de la compréhension, de la compassion, de l'amour même, peut-être. Leurs regards sont des points d'interrogation.
Quel est le sens de leur vie, celui de la vie ? Ils nous interpellent, espèrent des réponses. Leur questionnement demeurera orphelin pour les siècles et les siècles. Les costumes magnifiquement restitués par Vélasquez ne font pas l'homme. Les habits peints, soyeux, luxueux et raffinés ne masquent pas la gravité des regards. Ils la mettent en lumière. Mis à la fois en abyme et en beauté, le maître parvient à peindre la bulle dans laquelle chaque personnage flotte. Il peint les doutes induits par notre condition d'humain.
La vie du maître des maîtres, que Dalí nomme « le peintre des peintres » (« avec moi », ajoute-t-il), fut une existence sans drames, sans échecs, sans scandales, un long fleuve tranquille comme le Guadalquivir qui longe sa ville natale, Séville. Nous savons peu de chose sur Vélasquez. Il n'a pas écrit de journal intime, mais ne dit-on pas que chaque portrait est un autoportrait de celui qui le réalise ?
Au tout début du XVIe siècle, Diego passe enfance et adolescence dans la lumineuse cité andalouse, cosmopolite, labyrinthique, aux murs blancs. La lumière est onctueuse l'hiver, euphorique au printemps, crâneuse l'été, évanescente en automne. Changeante, elle caresse tout, le fleuve Guadalquivir, les palais arabo-andalous, les tours wisigothes, les cloîtres chrétiens, les jardins luxuriants où fontaines et palmiers offrent aux pavements des ombres joyeuses. Diego a dévoré cette alléchante danse de la lumière.