Bussang : 130 ans de théâtre populaire, vivant et vibrant
Armelle Héliot

Bussang fête les 130 ans du théâtre populaire.
LTD/Vincent Zobler
Armelle Héliot

Bussang fête les 130 ans du théâtre populaire.
LTD/Vincent Zobler
Averses violentes, orages impressionnants : entre deux vagues de vive chaleur, le temps a été parfois rude, ces dernières semaines, à Bussang, au cœur des -Vosges. Rien qui soit susceptible de dissuader les spectateurs. Bonnes chaussures, vêtements de pluie, couvre-chefs, sacs à dos contenant souvent un coussin dodu pour adoucir la relative sévérité des bancs de bois, le public du Théâtre du Peuple ne s'aventure jamais sans un équipement de montagnard si le temps est maussade !
On est en Lorraine, altitude légère, non loin du ballon d'Alsace. L'humidité enveloppe chacun, et les prés sur lesquels est édifié le bâtiment imposant sont mouillés. De grands dais protègent les amateurs avant l'entrée rituelle, juste avant 15 heures Longtemps, il n'y eut qu'un spectacle à Bussang.
Fondé en 1895 par un homme généreux et visionnaire, Maurice Pottecher - oncle du célèbre chroniqueur judiciaire -, avec à son fronton une formule que nul n'oublie : « Par l'art, pour l'humanité », le Théâtre du Peuple a été pensé pour les ouvriers de l'usine familiale, pour les habitants de la vallée, et édifié par eux. Des années durant, ce fut un lieu dirigé par et pour des amateurs. Cette singularité en a protégé la personnalité unique et l'on croise aux entractes, pour peu que l'on aime échanger, des descendants des premiers bâtisseurs.

Nommée en 2023, première femme à diriger le Théâtre du Peuple, Julie Delille, quarantaine délicate, grand caractère, est passionnée par sa mission. Après Le Songe d'une nuit d'été la saison dernière, elle propose un travail qu'elle a déjà expérimenté en régions, jusqu'à Nanterre, récemment. Je suis la bête est l'adaptation d'un texte d'Anne Sibran. Épaulée par l'audacieuse scénographe Chantal de La Coste, elle choisit le noir. Curieux, éduqué, aimant, le public accepte avec chaleur une expérience singulière.
Dans l'après-midi, l'excellent Sylvain Maurice propose une fête tonique et colorée avec Le Roi nu de l'écrivain Evgueni Schwartz, traduit par André Markowicz. Écrite en 1934, dans l'URSS étouffante de Staline alors que Hitler grandit, la pièce emprunte à des contes très connus d'Andersen pour moquer les tyrans. Elle ne fut jamais jouée du vivant de l'auteur.
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Mais en 2025, tout en faisant rire le public, elle nous renvoie à des vérités d'aujourd'hui. Sur le plateau, 16 comédiens s'en donnent à cœur joie dans des costumes colorés, soutenus par deux musiciens excellents. Des professionnels, comme l'immense et irrésistible Manuel Le Lièvre, dans le rôle-titre, et des amateurs très bien dirigés et doués. Un formidable spectacle que l'on aimerait voir repris ailleurs !
Julie Delille a ouvert plusieurs chantiers à Bussang : une étude sociologique, un travail mémoriel qui permet de raconter, sur scène, les cent trente années du Théâtre du Peuple. Cette ultrasensible à la nature, au monde animal, intuitive et, comme elle le dit, opiniâtre sera aussi à l'Opéra de Paris, où elle dirigera les élèves de l'Académie dans La finta giardiniera de Mozart. Mais avant cela, rendez-vous du 20 au 31 août pour Hériter des brumes, la folle histoire du Théâtre du Peuple !
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➡️ Le Roi nu, d'Evgueni Schwartz, mise en scène de Sylvain Maurice, du jeudi au dimanche à 15 heures, jusqu'au 30 août. Dès 8 ans. Durée : 3 heures avec entracte.
➡️ Je suis la bête, d'Anne Sibran, mise en scène et interprétation de Julie Delille. Du jeudi au samedi, à 20 heures, jusqu'au 30 août. Durée 1 h 10.
Armelle Héliot