Julie Brafman : « Je suis arrivée à Duras par Andréa ! »
Propos recueillis par Arnaud Cathrine

« Yann dans la nuit », de Julie Brafman, Flammarion, 336 pages, 21 euros.
LTD/Jean-Philippe BALTEL / FLAMMARION
Propos recueillis par Arnaud Cathrine

« Yann dans la nuit », de Julie Brafman, Flammarion, 336 pages, 21 euros.
LTD/Jean-Philippe BALTEL / FLAMMARION
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Duras et Andréa : un couple légendaire. Trente-huit ans les séparaient ; seize ans de vie commune les auront réunis. Une histoire passionnelle et tempétueuse qu'ils ont amplement racontée l'un et l'autre.
Mais qui fut Yann Andréa avant et après Duras ? Partie sur ses traces, Julie Brafman livre un récit passionnant et éminemment personnel (puisqu'elle y mêle des pans de sa propre vie). Rencontre avec celle qui se surnomme « la ramasseuse de petites cuillères » et a su éclairer Yann dans la nuit.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Votre obsession pour Yann Andréa est venue en supplanter une autre : la rupture amoureuse que vous veniez de vivre...
JULIE BRAFMAN — Oui, on avait un chagrin en commun. Après la mort de Duras, Andréa a passé le reste de sa vie à disparaître et on l'a retrouvé mort dans le petit studio qu'elle lui avait laissé. Tout cela me renvoyait à une question universelle : « Peut-on mourir d'amour ? »
Vous écrivez qu'Andréa a été « celui [que Duras] n'attendait plus ».
La seule chose qui comptait pour lui, c'était vivre au cœur de la littérature. Il disait souvent à ses amis : « Je passerai ma vie avec Barthes ou Duras ! » Il commence par être l'amant de Barthes, lequel meurt en mars 1980, et il s'installe chez Duras l'été suivant. Les lettres qu'il lui a adressées sont introuvables : qu'a-t-il bien pu lui écrire de suffisamment grandiose pour qu'elle lui ouvre sa porte ? Ce qu'on sait, c'est qu'en 1980 Duras est dans une brume cafardeuse et alcoolique. Elle ne peut pas rêver mieux que de voir débarquer ce beau dandy évanescent et providentiel qui semble tout droit sorti de l'un de ses livres.
Vous avez cette formul : « Marguerite et Yann font le tour de l'impossible à deux. »
Je me méfie du manichéisme consistant à parler d'emprise et de toxicité. Chacun trouvait son compte dans cette relation déséquilibrée. Chacun était l'invivable de l'autre et chacun s'est frotté à l'impossible. Andréa était homosexuel mais Duras pensait qu'il plierait comme tout a toujours plié devant elle. Et pour Andréa, l'impossible, ce fut l'écriture. Il n'aura écrit que lorsqu'elle en était empêchée [pendant sa cure de désintoxication] et après sa disparition, comme prenant le relais.
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Pour vous, « Yann Andréa a donné son corps à la littérature comme d'autres le donnent à la science ».
Il lui a offert un personnage qui traverse tout le « cycle atlantique » : la figure de l'« errant moderne ». Je le vois partout, il est peut-être même l'arbre dans La Pluie d'été ! Et puis il a transcrit les livres de Duras sous sa dictée et participé au processus de création.
Au cours de votre enquête, vous finissez par tomber sur toutes ses archives, à la faveur d'un sacré rebondissement...
Découvrir ces lettres et ces journaux intimes a tenu du miracle ! Ce qui m'a donné envie de travailler sur lui, c'est sa lucidité totale dans le film de Claire Simon [Vous ne désirez que moi, 2022]. Je n'étais même pas « durassienne ». Je dois être la seule à être arrivée à Marguerite Duras par Yann Andréa ! J'ai enquêté sur un fantôme.
Auquel votre livre confère littéralement une existence...
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