Il y a quarante ans tout juste paraissaient des romans qui ont marqué leur temps – et au-delà. Cet été, on vous raconte l’histoire de chacun d’eux. Quatrième épisode : « Les Noces barbares » de Yann Queffélec.Commençons par les chiffres, les lettres attendront. Nous sommes en un temps que les moins de 40 ans... Un écrivain de 36 ans, à peine entré dans la carrière, se voit décerner la plus prestigieuse des récompenses littéraires, le Goncourt bien sûr, pour son deuxième roman, un formidable mélo emporté par le vent de l'Histoire et des passions contrariées, Les Noces barbares, qui sera avec L'Amant de Duras le deuxième Goncourt le plus vendu au siècle dernier, avec plus de 2 millions d'exemplaires, 34 traductions et une série en cours.
Tout part, quelques mois auparavant, d'une conversation au bar du Pont Royal entre le jeune impétrant et son éditrice, l'« ogresse » des lettres françaises d'alors, Françoise Verny. Queffélec la reconstituera en 2018 lorsqu'il publiera son beau récit rétrospectif, Naissance d'un Goncourt (Calmann-Lévy) :
- « Est-ce que tu as une idée de ce que tu veux raconter dans ce roman ?
- Ça me plaît, une histoire. L'histoire de qui ?
- Tu penses à quel genre d'histoire ?
- Violente ! Du sexe, de l'amour, de la haine, de la passion. J'aimerais écrire un mélo, une vraie musique, et qu'on n'aille surtout pas me dire que le style c'est l'ennui.
- C'est ce qu'il y a de plus difficile, le mélo. Le public adore, la critique déteste, tu vas te faire allumer, j'adore ton idée de mélo. »
C'est ainsi que naît, entre whisky et olives noires, le couple terrible formé par Ludo et Nicole ; un enfant simple, différent, bafoué, caché, et sa mère. Le roman paraît à la fin du mois d'août et tout semble se passer très vite tel que Françoise Verny l'avait prévu : la critique fait la fine bouche mais doit s'incliner devant le souverain bouche‑à-oreille.