L’œuvre « Hybrid Exhalations », de l’artiste et architecte palestinienne Dima Srouji, entrelace des pièces de verre produites en Cisjordanie avec des paniers de bambou.
Du sac Bamboo, créé en 1947 par le fondateur de Gucci, aux créations contemporaines montrées à la Design Week de Milan, le bambou a façonné l’héritage de la maison florentine.
Il arrive que les alternatives les plus innovantes naissent dans la contrainte. Quand, pour parer au manque de matériaux après guerre, Guccio Gucci a remplacé l'anse en cuir d'un sac à main par une canne en bambou, le fondateur de Gucci était loin d'imaginer qu'il avait donné naissance à une « marque de fabrique ». Porté par toutes les célébrités de l'époque, de Grace Kelly à Elizabeth Taylor ou Ingrid Bergman, son sac Bamboo, créé en 1947, relève d'un processus de fabrication méticuleux consistant à incurver à la flamme une tige de bambou, qui sera ensuite laquée et cuite au four en vue d'obtenir une finition dorée et brillante.
Sacs, bijoux, chaussures, lunettes ou objets de décoration, ce savoir-faire a façonné l'héritage de la maison florentine jusqu'au cœur des accessoires les plus emblématiques, offrant un terrain de jeu à tous les directeurs artistiques de la maison et aux artistes. Il faut dire que ce matériau, à la fois souple et puissant, durable et résilient, a tous les atouts pour épouser les courbes du temps et révéler sans cesse des formes nouvelles.
Si le Gucci Bamboo a été revisité maintes fois dans les collections - jusqu'à sa dernière itération pour l'été 2025 : le Gucci Bamboo Diva -, il a également été le protagoniste d'une récente exposition au Japon qui a donné lieu à une réinterprétation culturelle audacieuse, dans laquelle des artistes contemporains japonais ont transformé des sacs Bamboo 1947 uniques en utilisant des techniques artisanales enracinées dans l'histoire du pays.
« L'artisanat et l'art sont deux dimensions enchevêtrées et complémentaires », souligne Ippolito Pestellini Laparelli, fondateur de l'agence 2050+ et directeur artistique d'une autre exposition présentée durant la design week de Milan, au mois de mars, qui invitait sept artistes et designers issus d'univers différents à s'inspirer librement de l'héritage du bambou dans l'histoire de Gucci. « La plupart d'entre eux n'étaient pas familiers au matériau, poursuit-il. Ils se sont emparés du bambou pour ses qualités esthétiques ou physiques, mais aussi pour la façon dont il a alimenté les récits, les philosophies et les cultures. »
Des approches hybrides et étonnantes
De fait, qu'il s'agisse de Lee Sisan, designer sud-coréen installé à Séoul, plus habitué à l'aluminium pré-coulé qu'à la fibre végétale ; de l'artiste et architecte palestinienne Dima Srouji, avec ses entrelacements délicats de pièces de verre soufflé dans des paniers issus de plusieurs régions du monde, ou encore de l'artiste française Nathalie Du Pasquier, avec ses paravents aux compositions géométriques inspirées des arts décoratifs, « Bamboo Encounters » a donné naissance à des approches hybrides et étonnantes.
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Le bambou a même servi à élaborer une famille de cerfs-volants qui volaient au vent dans l'enceinte des Chiostri di San Simpliciano, dans le quartier de Brera (une œuvre du collectif néerlandais Kite Club). Sous l'impulsion d'une diversité de rencontres artistiques, le bambou est devenu au fil du temps pour Gucci un véritable « passeur d'histoires ».