ENTRETIEN — Symbole de l’excellence artisanale française, le Comité des meilleurs ouvriers de France célèbre depuis plus d’un siècle des talents hors pair.LA TRIBUNE DIMANCHE — Les métiers de la main ont le vent en poupe mais restent un secteur fragile. Comment contribuer à le protéger ?
LUC CHATEL — En valorisant les filières professionnelles pour les rendre plus attractives. Au cœur des missions du comité, dès sa création en 1923, il y a cette ambition : faire du col bleu, blanc, rouge une vitrine de l'excellence et des savoir-faire à la française. Je veux lancer des programmes pour que les MOF témoignent dans les CFA et lycées pros. Quand un col tricolore s'adresse aux jeunes, il suscite des vocations. Ces métiers sont une richesse culturelle, patrimoniale et économique. La décision récente de la ministre de la Culture, Rachida Dati, d'approuver le rattachement du comité à la Rue de Valois [aux côtés d'autres ministères, au premier chef celui de l'Éducation nationale] est pour moi plus qu'un symbole. Il y a enfin une exigence de rayonnement à l'international. Je réfléchis, en lien avec nos ambassadeurs, à l'exportation de l'examen MOF à l'étranger.
Ces métiers anciens peuvent-ils trouver leur place dans le monde de demain ?
Sans aucun doute. Le comité des MOF n'est pas le conservatoire du patrimoine du passé. Nous sommes un organisme vivant. Notre rôle est de mettre en avant l'excellence de ces métiers traditionnels associés aux nouvelles technologies. Le peintre sur vitrail fait désormais appel à des techniques au laser. Le sellier harnacheur - métier du passé s'il en est - s'appuie sur des logiciels 3D...
Comment maintenir le niveau d'exigence des MOF et les inciter à aller plus loin ?
Préparer l'examen du MOF, c'est viser l'excellence ! Au prix de milliers d'heures de travail et d'une discipline de vie comparable à celle de l'athlète s'entraînant pour les Jeux olympiques. Mais l'engagement vient souvent d'un mentor. Beaucoup de candidats sont isolés. C'est le seul examen de l'Éducation nationale délivré par un jury de 200 professionnels, mais sans formation spécifique. Je veux créer un tutorat afin de mieux accompagner les candidats et inciter les MAF, meilleurs apprentis de France, à passer l'examen du col bleu, blanc, rouge. Il faut les aider à briser le plafond de verre.
Un artisan qui vous a marqué ?
Un luthier, maître archetier. Il a mis des mois à fabriquer un archet à la main. Un simple bout de bois en apparence, mais des années d'acharnement pour atteindre l'accord parfait. C'est d'abord le choix d'un bois unique, importé du Brésil, qu'il va travailler en orfèvre puis cambrer à la bougie. C'est le travail du crin, de l'ivoire, de l'or... Je pense aussi à Martine Veillault, à Villaines-les-Rochers. Depuis le XIXe siècle, on y cultive des oseraies en bordure de la Loire et de l'Indre. Après la récolte de l'osier, le vannier entre en scène. Martine Veillault est la toute première vannière lauréate du col bleu, blanc, rouge... Quel que soit le métier, c'est chaque fois un mélange de passion et d'humilité, d'exigence et de générosité qui force l'admiration.
Propos recueillis par Élisabeth Lazaroo