Les dévots de Courbet
Daniel Schick
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Photo du maître peignant son œuvre en 1864.
© LTD / HERITAGE IMAGES/AURIMAGES ; MUSÉE COURBET
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Photo du maître peignant son œuvre en 1864.
© LTD / HERITAGE IMAGES/AURIMAGES ; MUSÉE COURBET
Le Chêne de Flagey, peint par Courbet en 1864, est plus qu'un tableau, davantage qu'un autoportrait caché. Il est devenu le lien viscéral qui unit les Francs-Comtois, un étendard, l'ancêtre dont on est fier, un membre éloigné de chaque famille. Au-delà du feuillage dense du chêne s'écrit une incroyable histoire.
Ceci n'est pas un chêne, aurait pu écrire René Magritte. C'est un peu vrai. C'est un chêne, mais pas seulement. Ceci est un chêne qui cache un homme, Gustave Courbet. Ceci est un autoportrait déguisé en chêne. L'arbre est puissant, ancré dans sa terre de Franche-Comté comme le fut Courbet. Ses branches semblent vouloir s'étirer au-delà du cadre de la toile. Le chêne est au sommet de sa forme. Sa cime est si haute qu'elle ne tient pas dans le tableau. L'ogre-chêne est à l'étroit. Il veut sortir de la toile, briser son cadre. Courbet n'aimait pas non plus être enfermé dans un cadre, aucun cadre. Chêne et Courbet sont frères, sont un. Le chêne résiste aux vents mauvais comme Courbet résista aux tempêtes artistiques et politiques.
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Au moment où il peint son chêne, à 45 ans, Courbet a été d'innombrables fois moqué, refusé, incompris. Il a peint la nature telle qu'il la connaît, la mer telle qu'elle l'inspire et des femmes, parfois saphiques, en rondeurs selon ses critères de beauté. Il a surtout peint les choses de la vie rurale, des paysans épuisés, des vaches qui se reposent, des casseurs de pierres, les élégantes de son village, un enterrement à Ornans. Courbet a également représenté des curés empruntant un chemin, tous ivres. La bigote impératrice Eugénie n'aime donc pas Courbet. Son mari, l'empereur Napoléon III, dont Courbet conteste le type de régime, l'aprécie encore moins. Delacroix trouve ses sujets vulgaires et Théophile Gautier ses femmes monstrueuses. Courbet est globalement détesté mais reste droit comme son chêne, droit dans ses bottes. Peintures ou convictions politiques, idéaliste assumé, Courbet le téméraire, respecte l'inspiration et les convictions qui coulent en lui. Rien ne l'arrête, comme la rivière Loue qui traverse sa terre. Courbet et son chêne ne sont ni roseaux ni peupliers. Ils ne plient pas. Chêne et Courbet sont droits dans leurs bottes.
Daniel Schick
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