Théâtre : Anouilh ne meurt jamais
Armelle Héliot
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Maxime d’Aboville (au centre) incarne un Bitos aussi déchirant qu’odieux.
BERNARD RICHEBÉ
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Maxime d’Aboville (au centre) incarne un Bitos aussi déchirant qu’odieux.
BERNARD RICHEBÉ
Après la délirante Culotte mise en scène et interprétée par la grandiose Émeline Bayart, sur des arrangements musicaux de Manuel Peskine, à la rentrée à l'Athénée, on fut amené à se dire que Jean Anouilh, par l'étendue du spectre de ses talents, ne disparaîtrait jamais. Eurydice était déjà présente au Poche Montparnasse et l'on attendait comme l'un des événements de cette saison 2023-2024 la nouvelle mise en scène de Pauvre Bitos ou le Dîner de têtes.
Jean Anouilh, c'est comme Alfred de Musset, on le lit à l'adolescence. On est ému, on tremble, on se reconnaît. C'est plein d'espérances et de blessures. C'est plein de cœur et de cruautés. Anouilh avait classé ses pièces : Les roses, les noires, plus tard les costumées, les brillantes. Comme Musset cent ans exactement avant lui (l'un était né en 1810, l'autre en 1910), Anouilh écrivait sans se soucier immédiatement de la durée des spectacles, et cela peut sembler long aujourd'hui. Le public est sans patience et les productions seraient trop chères sans coupes.
Les metteurs en scène ont pris l'habitude de tailler dans les œuvres. Ce n'est pas nouveau. On se souvient par exemple de Colombe, il y a plusieurs saisons. C'est la même chose avec Pauvre Bitos, pièce copieuse dont l'auteur déclara, dans un entretien de 1973, que s'il s'agit d'une pièce « qui a fait scandale à l'époque », c'est la seule où il se soit « vraiment amusé ». Et d'ajouter : « Là, j'étais très content ! »
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Content, on l'est au sortir de la représentation à Hébertot de Pauvre Bitos. On est dans un drôle d'état. On a ri. Mais on est dans un malaise certain, car on s'est retrouvé à l'unisson des méchants qui humilient de toute leur morgue André Bitos, enfant du peuple devenu magistrat incorruptible, dans un monde où ceux qui l'ont invité savent que l'on peut tout acheter. C'est sur le thème de la Révolution qu'est organisé le dîner. Bitos est Robespierre. Mise en scène par un esthète, Thierry Harcourt, la féroce comédie s'inscrit dans un décor très séduisant imaginé par Jean-Michel Adam et rehaussé des lumières de Laurent Béal. Les costumes sont harmonieux, la distribution d'excellence. Avec dans le rôle-titre un Maxime d'Aboville survolté, aussi déchirant qu'odieux. Il est hallucinant. Du temps de la création avec Michel Bouquet, son maître, le spectacle avait fait scandale. On est loin de ces tempêtes, mais les coupes mettent en valeur la dureté, la férocité de l'ensemble. Adrien Melin se régale, comme ses camarades, Francis Lombrail notamment.
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