Prix Goncourt : les quatres finalistes lus par « La Tribune Dimanche »
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SARAH MEYSSONNIER
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« Sarah, Susanne et l'écrivain » suscite de telles détestations que même ses adorateurs ne l'auraient pas imaginé en finale. Les mauvais esprits disent que c'est parce qu'il n'aime pas les maris qu'Éric Reinhardt sait aussi bien parler des - et aux - femmes. Et quand bien même ? Ce livre, qui est assurément le plus clivant de la dernière sélection, mérite-t-il tant de passions ? L'histoire de cette femme, Sarah, dont le double romanesque se prénomme Susanne, est extrême et infernale - au sens littéral car on y tutoie les enfers : une bourgeoise de 44 ans menant une vie provinciale, un époux avec qui elle fait l'amour plusieurs fois par semaine en dépit de leurs vingt-deux ans de mariage, deux enfants, des ambitions artistiques au nom desquelles elle arrête de travailler à la suite de son cancer du sein, une sacrée naïveté qui lui fait pourvoir à tous les frais du quotidien familial quand son époux s'occupe, lui, de consolider ses propres avoirs fonciers - mais elle ne le découvre qu'au moment où commence le roman. La bascule s'opère quand, après avoir en vain prié son mari de corriger les injustices de leur situation patrimoniale et de cesser de la délaisser en descendant chaque soir plus longtemps fumer des pétards dans son antre solitaire, elle décide, dans l'espoir de l'amener à concéder des remords, de partir de la maison pour... quelques semaines. Non seulement il n'a ni un mot ni un geste pour l'en dissuader, mais de ce jour leurs deux enfants et lui la maintiendront prisonnière du silence qu'ils lui opposeront. Elle en sera réduite à revenir dans la nuit glacée, cachée derrière le tronc d'un arbre, pour les épier, pour contempler depuis l'extérieur la vie de son foyer, pour « assouvir cet impérieux désir de regarder » dont Reinhardt, spéléologue lumineux de la psyché des femmes, explore chacune des dimensions. Ô l'insoutenable soirée où, les voyant danser et rire, elle appelle son fils, pourtant celui des trois qui lui est le moins hostile, et le contemple tandis qu'il regarde son téléphone, puis sa sœur et son père, et qu'il décide de ne pas lui répondre... Ce n'est pas la moindre des virtuosités de ce texte que d'être construit sur une mise en abyme à triple fond : Sarah a pris contact avec un écrivain qu'elle admire, avatar de Reinhardt, afin qu'il raconte son histoire ; de leurs échanges naîtra le personnage de Susanne, sœur de papier de Sarah « qui venait s'enfouir ou prendre naissance dans les ténèbres de son passé à lui, à la source même de son désir d'être écrivain ». Les résonances courent d'un avatar à l'autre, dans un vertigineux jeu d'allers-retours, sans compter les passerelles - métaphoriques, métaphysiques et métaboliques, Reinhardt pousse chaque fois plus loin l'entremêlement - jetées entre Susanne et un tableau figurant deux religieuses dans la galerie d'un couvent, ainsi qu'une porte, qui d'emblée a aimanté Susanne.
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