La décision d’Emmanuel Macron ne peut faire oublier la famine qui sévit dans l’enclave palestinienne où peu à peu les relations sociales se brisent.
L'annonce l'a « surprise ». « Mais je suis très heureuse », réagit Sharifa Drimli. Dans deux mois, aux Nations unies, Paris devrait solennellement reconnaître l'État palestinien. Assistante dans un jardin d'enfants, Sharifa Drimli espère que d'autres pays européens suivront et auront ce même « geste fort ». « C'est vraiment une étape importante », ajoute Ibrahim Firani, ancien agent d'une entreprise d'import-export.
Dans la bande de Gaza, de nombreux Palestiniens saluent le timing de l'annonce d'Emmanuel Macron, même s'ils savent que de telles décisions politiques réclament du temps. Septembre apparaît terriblement loin pourtant, et leur seul horizon est celui de la nourriture.
Ibrahim Firani a fait le tour de la ville de Gaza hier pour acheter un kilo de lentilles, qu'il a payé 17 euros. « Et j'ai eu de la chance, raconte-t‑il. Je n'arrivais pas à en trouver mais je suis tombé par hasard dans la rue sur un jeune homme qui voulait vendre son kilo de lentilles parce que lui cherchait de la farine. »
Ibrahim Firani vit avec son père, deux de ses frères, l'une de ses sœurs, son mari et leur fillette. Avec les lentilles, ils ont cuisiné une soupe pour toute la famille, accompagnée de deux galettes de pain par personne. Voilà pour l'unique repas de vendredi.
On a vécu les bombardements, les destructions, les tueries, mais la faim... Voir ses enfants s'endormir le soir avec des larmes sur les joues parce qu'ils n'ont pas assez mangé, être incapable de les soulager, cela vous transforme.
Même s'il a été assoupli et qu'une vingtaine de camions environ sont autorisés à entrer chaque jour depuis plusieurs semaines, ils ne sont qu'une goutte d'eau face aux besoins des 2 millions de Gazaouis. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime à environ un tiers les habitants qui ne mangent pas pendant des jours. Selon l'Unicef, plus de 80 enfants sont morts de malnutrition depuis avril.
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Rami Abou Jamous, correspodant à Gaza, avec Garance Le Caisne