ENQUÊTE EXCLUSIVE — L’ONG internationale SOS Villages d’enfants, qui se veut être un modèle dans la protection des mineurs, a fini par reconnaître avoir participé à la disparition de garçons et de filles de détenus politiques.
Jamais, elle n'a été aussi heureuse. Jamais, elle le répète, en tant que « mère SOS », un petit ne lui a apporté autant d'amour. « C'est le plus jeune dont j'ai eu à m'occuper, explique Nermine*, ancienne éducatrice familiale. Amir* avait un an et demi quand on me l'a confié. Je ressentais des émotions maternelles nouvelles. »
Changer ses couches, le baigner, se réveiller la nuit pour le nourrir. « J'aimais bien son frère de trois ans, mais Amir, il faut être clair, jamais je n'ai autant aimé un enfant. »
Ancienne membre de SOS Villages d'enfants Syrie, Nermine était responsable de l'éducation d'une douzaine de garçons et filles dans une des maisons de l'association à Qudseya, dans la banlieue de Damas. Quand Amir et son frère ont été amenés, un soir de 2013, elle n'en voulait pas pourtant.
« Les filles sont plus faciles », avoue-t-elle en riant aujourd'hui. Mais le directeur du village était formel : « ils n'ont plus de mère, ils n'ont que toi, et Dieu. »« Amir était silencieux, assis sur une chaise, son grand frère pleurait. Je les ai pris », raconte Nermine de sa voix fluette.
À la chute du régime, la panique
L'année d'après, un reportage sur SOS est diffusé à la télévision. Amir et son frère apparaissent au détour des images. Quelque part à Damas, un membre de la famille les reconnaît. Prévient leur mère, bien vivante en fait. Depuis des mois, elle les cherche partout. Après une arrestation à un barrage du régime, on lui avait enlevé ses deux fils.
Libérée peu après, elle suppliait les autorités de lui dire où ils étaient. En vain. « Sans ce reportage, leur mère n'aurait jamais su où ils étaient », reconnaît Nermine. « J'avais tellement peur qu'elle les reprenne, poursuit l'éducatrice. Quand je l'ai rencontrée, j'ai fait pression pour qu'elle me les laisse. Je lui ai dit qu'elle n'avait plus de vie stable, puisqu'elle dormait dans de la famille, qu'elle n'aurait pas les moyens de les élever. J'étais trop attachée à Amir pour le rendre. »
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Garance Le Caisne et Hannah el-Hitami, envoyées spéciales à Damas et Barga