La Colombie renoue avec la guérilla
William Gazeau (envoyé spécial en Colombie)
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Barrage filtrant de la police colombienne dans le centre de Tibú, le 6 février.
LTD/Etienne Le Page
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Barrage filtrant de la police colombienne dans le centre de Tibú, le 6 février.
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Debout au milieu de sa petite troupe, Jonathan Pérez distribue les assiettes de riz à sa femme et à ses quatre enfants. Le professeur et sa famille se sont aménagé, avec matelas et couvertures fournis par la mairie, un petit coin à l'intérieur du centre culturel de la petite ville de Tibú. Quatre-vingts familles se partagent la grande salle. Sur les murs, les dessins d'enfants et les photos de concerts témoignent d'activités devenues rares dans cette petite ville du nord-est de la Colombie.
Pour Jonathan aussi le temps s'est arrêté. « C'est la deuxième fois qu'on trouve refuge ici, raconte le père de famille, qui habite un hameau alentour. Quand les combats ont éclaté la première fois, nous sommes venus ici. Puis nous sommes rentrés en croyant que la situation s'était calmée, mais il y a eu de nouvelles explosions. Alors nous sommes repartis. »
Les combats dont parle Jonathan sont ceux qui opposent depuis près d'un mois et demi, dans la région montagneuse du Catatumbo, les guérilleros de l'Armée de libération nationale (ELN) à ceux du Front 33, un groupe dissident des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), ce mouvement marxiste qui a sévi en Colombie pendant cinquante-deux ans avant de signer un accord de paix en 2016. Malgré l'instauration de l'état d'urgence et l'envoi de 5000 soldats sur place, le gouvernement colombien n'a toujours pas réussi à reprendre le contrôle du territoire. Mardi, des dizaines de familles ont encore fui des zones rurales pour éviter les tirs croisés de l'ELN et des forces armées.
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L'offensive, d'une ampleur inédite dans la province, a été lancée le 16 janvier par l'ELN. Son objectif : endiguer l'influence grandissante du Front 33, qui a toujours refusé de déposer les armes. Les deux groupes rebelles se disputent le contrôle du narcotrafic. Quarante-quatre mille hectares de coca recouvrent cette région d'autant plus stratégique qu'elle se situe à la frontière avec le Venezuela. « L'ELN ne veut pas laisser ces revenus à un concurrent », analyse froidement Luis Fernando Trejos Rosero, professeur à l'université du Nord à Barranquilla.
William Gazeau (envoyé spécial en Colombie)