Le ressentiment envers le million de réfugiés présents dans le pays s’accentue. Une hostilité sur laquelle surfent les candidats à la présidentielle qui se tient dans une semaine.À huit jours du premier tour, la campagne électorale se durcit en Pologne. Jeudi 8 mai, en cette fin d'après-midi, ils sont des centaines à s'être rassemblés sur la place principale de Wejherowo, petite ville de 45.000 habitants située dans le nord du pays. Tous sont venus assister à l'un des derniers meetings de Slawomir Mentzen, le candidat soutenu par la coalition conservatrice Konfederacja.
Le leader d'extrême droite, qui milite notamment pour que son pays sorte de l'Union européenne, attaque bille en tête : « Les Ukrainiens en Pologne devront s'aligner sur la loi, la culture, la langue et les intérêts polonais, lance-t‑il à l'assistance. Ici, c'est chez nous, pas chez eux ! » Dans la foule, Dariusz applaudit. « Je n'ai pas de problème avec les Ukrainiens mais je suis contre le fait qu'ils restent ici pour profiter », assène le jeune homme de 28 ans.
Qu'il semble loin, ce mois de février 2022, quand l'invasion russe de l'Ukraine avait engendré un élan de solidarité sans précédent côté polonais ! Au fil des mois, une partie du pays a fini par se lasser, et le soutien sans faille à ces voisins qui faisaient face à l'éternel ennemi russe s'est lentement craquelé. Les drapeaux ukrainiens accrochés aux fenêtres ont peu à peu disparu. Désormais, c'est le ressentiment envers le million de réfugiés ukrainiens qui prédomine parmi les 38 millions d'habitants.
S'il n'est encore pas question de remettre en question l'aide militaire à Kiev, divers sondages indiquent qu'un tiers des Polonais seraient aujourd'hui critiques envers la communauté ukrainienne présente dans le pays, accusée de parasitisme. L'économiste Marcin Piatkowski estime pourtant que les réfugiés ukrainiens ont beaucoup apporté à l'économie. « Ils ont pratiquement tous trouvé un emploi », observe-t‑il. Selon les dernières statistiques, ils représentent 5 % de l'ensemble des salariés polonais.
Par Kilian Bigogne, correspondant à Varsovie