C'est une vraie prise de risque. Demain, lors d'un sommet en marge de la 80e Assemblée générale des Nations unies à New York, le président français va reconnaître l'État palestinien. Un geste diplomatique fort pour dire stop aux massacres dans la bande de Gaza et porter l'espoir d'une paix entre Israéliens et Palestiniens, en relançant la solution à deux États. Emmanuel Macron veut être celui qui marquera l'Histoire, entraînant neuf pays avec lui - Andorre, Australie, Belgique, Canada, Luxembourg, Malte, Portugal, Royaume-Uni et Saint-Marin - parmi lesquels deux du G7 dont un membre du Conseil de sécurité de l'ONU.
Fort des résolutions internationales, c'est Charles de Gaulle qui avait dessiné la « politique arabe » de la France dans les années 1960 : intangibilité de l'État d'Israël mais aussi droit des Palestiniens à un territoire national et exigence de l'évacuation de leurs terres occupées par les Israéliens depuis la guerre de 1967. Après lui, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont plus ou moins suivi le mouvement, mais sans jamais aller jusqu'à la reconnaissance formelle de l'État de Palestine, accepté aujourd'hui par 148 des 193 pays de l'ONU.
« Cette reconnaissance a beaucoup tardé, rappelle Jean-Paul Chagnollaud, président d'honneur de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo). À chaque fois, le président de la République en poste estimait que le moment n'était pas venu. Emmanuel Macron a d'ailleurs beaucoup hésité entre février [quand il a affirmé que la reconnaissance n'était plus un "tabou"] et juin [quand il l'a promise]. Il a même pensé abandonner l'idée. » Mais la situation à Gaza et le « mitage territorial » en Cisjordanie sont devenus intenables.