LA TRIBUNE DIMANCHE — Extrême droite, populisme, nationalisme... Comment expliquez-vous la montée de ces mouvements
en Europe ?
SYLVAIN KAHN — Ces droites radicales et extrêmes ont en commun leur méfiance voire leur détestation du pluralisme, sous toutes ses facettes. Le pluralisme des orientations sexuelles, celui de la vie économique, de la vie politique, religieuse. C'est un peu schématique, d'autant que ces droites sont forcément différentes les unes des autres puisque ce sont des nationalistes qui aspirent forcément à se différencier. Mais elles ont aussi en commun un immense mépris pour les minorités, au motif que tout ce qui est minoritaire menace l'unité du peuple. Cela s'explique par le sentiment que le poids de l'Europe, en tant que société, économie et entité politique, devient de plus en plus relatif par rapport à d'autres zones du monde.
Et en quoi cela pousse-t‑il les électeurs vers le nationalisme ?
C'est quasiment une loi en sciences sociales. Plus un territoire est socialement homogène, plus le vote identitaire est surreprésenté. La question du pouvoir d'achat joue aussi. L'OFCE l'a bien montré. On vit moins bien aujourd'hui qu'il y a vingt ans avec le même type de salaire. L'ascenseur social et la mobilité sociale fonctionnent moins bien aussi.