ENTRETIEN — Selon l'économiste Gilbert Cette, augmenter la TVA pour financer une baisse des cotisations patronales donnerait un coup de compétitivité à la France.LA TRIBUNE DIMANCHE — Pour financer notre protection sociale, Emmanuel Macron évoque une taxation de la consommation, autrement dit une TVA sociale. Qu'en pensez-vous ?
GILBERT CETTE — Je dis oui à la TVA sociale ! Pour plusieurs raisons. Le premier intérêt d'augmenter la TVA pour alléger les cotisations sociales patronales sur le travail est de rendre plus claire la structure de nos prélèvements sociaux, qui aujourd'hui reste très confuse. Autre avantage : la TVA a une assiette très large. Une telle opération pourrait financer rapidement une part au moins des 100 milliards d'euros de ces prestations non contributives, comme les allocations familiales ou l'assurance maladie — à l'exception des indemnités journalières.
Il n'y a aucune raison, selon moi, que le financement de ces prestations universelles, qui profitent à tous les Français et pas uniquement aux actifs, soit encore adossé sur le travail. Enfin, instaurer une TVA sociale reviendrait à organiser un choc équivalent à une dévaluation monétaire, qui serait très favorable à la compétitivité de notre économie.
Augmenter la TVA permettrait de baisser les cotisations sociales patronales, et donc de redonner des ressources aux entreprises. Le gain de compétitivité qui en résulterait leur donnerait des marges de manœuvre pour augmenter leur compétitivité et embaucher ou maintenir l'emploi.
Pourquoi privilégier les baisses de cotisations patronales, et non une réduction des cotisations salariales ?
Parce que tout ce qui ressort du salaire doit, à mon sens, relever de la négociation entre partenaires sociaux. C'est le rôle des syndicats de se mobiliser pour obtenir des hausses de pouvoir d'achat salarial. L'État ne doit pas se substituer aux partenaires sociaux. Son rôle est de déterminer le niveau du smic, de s'assurer que les minima de branches ne sont pas structurellement inférieurs au salaire minimum et de gérer comme État patron les salaires dans la fonction publique. Mais pas plus.
Propos recueillis par Fanny Guinochet