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La chronique de Sophie Iborra. Femmes et sport : Non mais allô quoi, t’es une championne et t’as pas de shampoing ?

Sophie Iborra

Publié le 10 janvier 2025 à 07:10

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CHRONIQUE EX AEQUO. Retrouvez la chronique bimensuelle de Sophie Iborra, Directrice Conseil Engagement de La Tribune, sur l’inclusion dans l’économie et la société.

L'année des Jeux olympiques de Paris 2024 aurait dû marquer un tournant décisif dans l'égalité salariale entre les femmes et les hommes dans le sport. Premiers jeux 100% paritaires, ils se voulaient les plus inclusifs de l'histoire. Mais derrière la vitrine et le souvenir heureux de Jeux hors norme, se cachent encore des situations ubuesques. Elles prouvent que les performances féminines peinent encore à être reconnues, valorisées et récompensées, au même titre que leurs homologues masculins.

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Du shampoing, du gel douche et 4 serviettes. Voici la prime qu'a reçue la championne de saut tremplin à ski, Selina Freitag, à l'occasion d'une étape du circuit mondial du Two Nights Tour, l'équivalent féminin de la tournée des quatre tremplins à Garmisch-Partenkirchen, en Allemagne. Son homologue masculin, l'Autrichien Jan Hörl, lui, a eu droit à 3.200 euros !

De quoi se payer les services d'un coiffeur pour se faire shampouiner la tête pendant quelques années. Non mais allô quoi : qu'est-ce qui ne va pas dans la tête des organisateurs ? Le débat sur les primes dans le sport n'est pas nouveau, en France comme dans le monde. Ces inégalités criantes font au mieux, parfois, la Une des médias, ou passent simplement sous les radars, sacrifiées au motif d'une « énième revendication féministe ». Pourtant, le sport censé incarner la performance, l'égalité des chances et la méritocratie, reste aujourd'hui une arène, où le critère de sélection principal semble être le genre plutôt que le talent.

Des chiffres bien loin des slogans

Prenons l'exemple du foot, l'une des disciplines les plus médiatisées et populaires. En 2024, la Coupe du Monde féminine de football a vu triompher les États-Unis, tout comme les Lionnes d'Angleterre, en 2023, lors de l'Euro. Si ces performances ont été suivies et saluées, elles n'ont pas été accompagnées d'une reconnaissance financière à la hauteur.

À titre de comparaison, les primes attribuées à l'équipe gagnante de la Coupe du Monde masculine de football en 2022 ont frôlé le demi-milliard de dollars (440 millions). De son côté, l'équipe féminine victorieuse de 2023 a perçu un peu plus de 60 millions de dollars, soit une différence de plus de 80%.

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L'égalité salariale est (encore) la première préoccupation des salariés

Des chiffres bien loin du slogan adopté par les joueuses de l'équipe nationale américaine « Equal play, equal pay ». Mais l'écart ne se limite pas aux grandes compétitions internationales. En 2024, les sportives professionnelles, qu'il s'agisse de football, de tennis, ou encore de basketball, continuent de percevoir des salaires de base bien inférieurs à ceux des hommes.

Selon une étude menée par l'Observatoire de l'Égalité, les joueuses de football en France touchent en moyenne un salaire annuel de 35.000 euros, contre 1,5 million pour les footballeurs professionnels. Si l'on se tourne vers le tennis, où Serena Williams a longtemps été une figure emblématique, l'écart reste tout aussi choquant même si des progrès ont été réalisés avec l'instauration d'une égalité dans les prix de certains tournois majeurs (comme Wimbledon), le revenu global des meilleures joueuses reste largement inférieur à celui de leurs homologues masculins.

Les racines d'une injustice systémique

Derrière ces chiffres, se cache une réalité plus complexe : le sport professionnel féminin souffre encore d'un manque d'investissement. Les ligues féminines peinent à attirer les foules et à générer des revenus télévisés équivalents à ceux des compétitions masculines. Il est, certes, difficile d'inverser une dynamique qui a mis des décennies, voire des siècles à se structurer.

Cela ne justifie pas pour autant la persistance de telles disparités. On parle souvent du manque de médiatisation des compétitions sportives féminines. C'est un fait même si certains progrès sont réalisés, notamment sur les retransmissions à la télé : le sport féminin n'est attractif que lorsqu'il s'agit de grandes compétitions internationales, de sports populaires. Et encore faut-il qu'il soit programmé à certaines heures. Les « prime-time » étant majoritairement réservés aux copains.

Le problème est qu'il existe un cercle vicieux. Faute de visibilité, les sportives peinent à attirer l'attention et à générer des revenus, ce qui freine leur évolution financière. Bref, c'est le serpent qui se mord la queue. Au-delà de la médiatisation, c'est toute une culture du sport qui est en cause.

Le sport « masculin », dans sa dimension la plus spectaculaire, est souvent perçu comme l'unique forme d'expression sportive, alimentant une hiérarchie où les athlètes féminines sont reléguées à la périphérie. Une étude menée par la société de marketing sportif Nielsen a révélé que 90% des budgets publicitaires dédiés aux sports étaient alloués aux compétitions masculines. Une concentration des investissements qui perpétue le fossé entre les genres.

De l'égalité théorique à l'égalité réelle

Comment rompre ce cercle infernal ? La loi, bien sûr, peut contribuer à changer la donne, même si l'on sait bien que cela ne suffit pas. Certains pays, comme l'Australie, ont signé un accord historique avec ses fédérations de football pour garantir l'égalité des primes, quelle que soit la compétition. Une telle avancée pourrait s'étendre au niveau international à travers une pression concertée des instances sportives et des fédérations (oui je sais je rêve un peu).

Pierres angulaires pour parvenir à des résultats tangibles, les fédérations doivent assumer leur rôle de catalyseur en matière de développement du sport féminin. Au lieu de se contenter de distribuer des « petites » primes (ou du shampoing), il est crucial d'investir massivement dans les ligues féminines, de promouvoir les sportives à l'échelle mondiale et leur offrir des opportunités médiatiques. Les médias quant à eux, qu'ils soient sportifs ou généralistes, doivent se contraindre à traiter le sujet du sport par le prisme de la mixité, c'est ainsi que nous parviendrons à déconstruire l'idée selon laquelle le sport féminin serait moins spectaculaire ou moins populaire.

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Voici peut-être venu enfin le temps de soutenir et de valoriser ces championnes « tous terrains » au stade comme dans la vie. La vraie victoire viendra un jour... Celui où nous n'aurons plus besoin d'ajouter le mot « féminin » à sport. En criant à l'unisson « Vive le sport ! ».

Sophie Iborra

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