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LA CHRONIQUE DE SOPHIE IBORRA. Sexisme en France : tous et toutes au rapport !

Sophie Iborra

Publié le 14 février 2025 à 06:00

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EX AEQUO. Retrouvez la chronique bimensuelle de Sophie Iborra, directrice conseil engagement de La Tribune, sur l’inclusion dans l’économie et la société.

Comment se porte le sexisme en France ? À en croire le dernier rapport annuel du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, paru il y a quelques semaines : plutôt pas mal ! Phénomène inquiétant, il semblerait qu'une forme de « guerre des sexes » soit en passe d'être déclarée aux vues d'une polarisation des débats sur ces questions. Voici donc l'ère de la confrontation des « avis » comme si le sexisme pouvait être une opinion. Si le retentissant procès des viols de Mazan a ému la France, l'instance consultative alerte sur un retour en arrière, notamment auprès de la jeune génération biberonnée aux réseaux sociaux qui libèrent la parole sexiste.

« Marre du féminisme, de l'universalisme, du progrès et de la justice... »

Galvanisés par l'élection de Donald Trump outre-Atlantique et les déclarations de cours d'école de ses copains géants de la tech, les masculinistes, jusque-là tapis dans l'ombre, sortent du bois. Fait plus grave, les grands défenseurs autrefois de la mixité et de la diversité dans l'économie et la tech, retournent leur veste comme Mark Zuckerberg qui appelle tranquillou à « plus d'énergie masculine ». On croit rêver quand on sait que partout dans le monde, les femmes restent les grandes absentes des grandes entreprises et de la course aux nouvelles technologies. Un exemple ? Parmi les 70 leaders ayant participé au Sommet pour l'action sur l'IA cette semaine à Paris seules 15 sont des femmes, dont moins d'une dizaine de dirigeantes d'entreprises. Ras-le-bol, donc de ces « gonzesses » qui appellent à prendre leur juste place dans ce monde, après tout, elles ne représentent que la moitié de l'humanité... Marre du féminisme, de l'universalisme, du progrès et de la justice. Ça suffit !

L'un des chiffres les plus marquants du dernier rapport du HCE, c'est probablement celui des 94 % de femmes de 15 à 24 ans qui estiment qu'il est plus difficile d'être une femme aujourd'hui, soit 14 points de plus qu'en 2023, quand seulement 67 % des hommes de 15-24 ans le pensent. Pire, 13 % des hommes pensent qu'il est plus difficile d'être un homme qu'une femme. Allons bon. Pincez-moi ! Pourtant fait majeur de 2024, le procès des viols de Mazan a bousculé la société, au moins 50 hommes qui pourraient être nos voisins, ont violés une mère de famille sous emprise chimique pendant plusieurs années. C'est le choc. Si cette séquence judiciaire a remis le sujet des violences faites aux femmes à la Une, l'axe de défense des avocats des accusés pose question.

Une prise de conscience encore difficile.

Le HCE, note que ce procès a aussi été le lieu de l'expression d'une déresponsabilisation des auteurs et d'une remise en cause du caractère systémique de ces violences. La prise de conscience de la banalité des violences sexuelles dans la société s'avère encore difficile. Résultat, les chiffres de violences sexistes et sexuelles déclarées sont toujours en hausse. 86 % des femmes déclarent avoir déjà vécu une situation à caractère sexiste, allant de blagues ou remarques à une insistance pour avoir un rapport sexuel de la part d'un homme, voire à des brutalités physiques. Autre chiffre révélateur : 40 % des femmes interrogées dans le baromètre du sexisme déclarent avoir subi au moins une situation de non-consentement (en hausse de 3 points). Des données qui rejoignent les statistiques officielles. Après une hausse de 15 % de 2021 à 2022, le nombre de victimes de violences conjugales enregistrées par les services de sécurité continue de croître avec une augmentation de 10 % en 2023. En 2024, Les services de sécurité ont ainsi enregistré 271 000 victimes de violences commises par leur partenaire ou ex-partenaire.

Le travail reste l'une des sphères privilégiées de ce sexisme.

Dans le monde professionnel, 83 % des femmes et 76 % des Français considèrent que les hommes et les femmes ne sont toujours pas considérés de la même façon. Et c'est bien le cas : le revenu salarial moyen des femmes reste inférieur de 23,5 % à celui des hommes dans le privé. Les différences de salaire s'expliquent surtout selon l'institut par la répartition genrée des professions et du temps de travail : les femmes n'occupent pas le même type d'emploi, ne travaillent pas dans les mêmes secteurs que les hommes, accèdent moins aux postes les plus rémunérateurs, et occupent près de 80 % des emplois à temps partiel.

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Les stéréotypes toujours au centre des inégalités.

Les stéréotypes de genre ont de forts impacts sur les conditions de travail et la reconnaissance des compétences des femmes et des hommes, tant dans le choix des métiers exercés que dans les carrières et rémunérations, à qualification et compétence égales. Rien de très étonnant me diriez-vous quand on découvre avec stupeur que 40 % des français (et des françaises) considèrent encore qu'il est normal que les femmes s'arrêtent de travailler pour s'occuper de leurs enfants. 24 % d'entre eux pensent que la présence d'une mère lors des rendez-vous relatifs aux enfants (médicaux, scolaires, parascolaires...) est plus importante que celle d'un père. On n'est pas sortis des ronces...

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Afin de corriger cette situation de déséquilibre, le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes propose - outre l'instauration d'un programme effectif d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle que le congé paternité/parental soit réformé, que des actions concrètes soient menées pour une plus grande parité et mixité dans le monde professionnel et politique et que les pouvoirs publics passent d'une obligation de moyens à une obligation de résultat. Que l'on ne s'y trompe pas, cette chronique n'est pas « une opinion » pas plus que le rapport du HCE, le sexisme en France ne recule pas, les chiffres sont là. Pire il progresse poussé par la polarisation des discours et des postures. Mais le progrès est en marche. Ni la « gender fatigue », ni la crise économique et politique, pas plus que les déclarations de certains qui se rêvent en maitres de l'univers ne doivent nous faire baisser les bras. Aujourd'hui, plus que jamais, cher Mark, nous avons besoin d'autant d'énergie féminine que masculine. C'est maintenant que ça se passe.

Sophie Iborra

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