La chronique de Sophie Iborra. « Chacun devrait pouvoir choisir sa fin de vie » (Michèle Bernier, humoriste et comédienne)
Chaque mois, Sophie Iborra rencontre une femme de convictions. Dans cet épisode : Michèle Bernier, humoriste et comédienne. Le podcast « Les Héritières » est à écouter sur les plateformes habituelles et sur Latribune.fr.
Quitte à être triste, autant avoir l'air gai, telle est la devise de l'humoriste révélée au grand public dans les années 1980 par le Théâtre de Bouvard. Si son enfance fut remplie de fantaisie, de provocations et de franches rigolades, la fille unique du professeur Choron, cofondateur des journaux satiriques Hara-Kiri et Charlie Hebdo, concède que sa vie n'a pas toujours été un long fleuve tranquille.
À 6 ans, elle s'endort souvent sur les banquettes des boîtes de nuit ; ses parents travaillent beaucoup et c'est seule à la maison qu'elle se construit un monde à elle, avec déjà un certain goût du spectacle. Ce qu'elle garde de Georges Bernier, c'est l'amour débordant d'un père et les valeurs que lui transmet ce grand défenseur de la liberté d'expression : « Mon père me répétait qu'en dictature il n'y a ni humoristes ni caricatures. »
Pouvoir rire de tout avec tous, Michèle Bernier en fait une nécessité absolue. Héritière, selon elle, d'« une liberté à protéger », elle rêve d'un monde plus intelligent et dans lequel il ne serait plus possible de mourir pour un dessin. Cabu, Wolinski, Reiser s'asseyaient souvent à la table familiale, et c'est avec beaucoup d'émotion qu'elle revient sur les attentats de Charlie Hebdo : « En plus de ma peine, j'étais sidérée. En France, on était passé du simple procès au droit de tuer pour des idées. »
Au début de sa carrière, alors qu'elle forme un trio détonnant avec ses deux complices et amies de toujours, Mimie Mathy et Isabelle de Botton, la jeune comédienne rencontre un autre trublion médiatique, Bruno Gaccio, qui deviendra le père de ses deux enfants, Charlotte et Enzo. C'est auprès de lui que l'artiste va vivre le drame de sa vie. Sa mère, Odile Vaudelle, décide de mettre fin à ses jours. Elle a alors 28 ans.
Je pense que chacun devrait pouvoir choisir sa fin de vie.
Ce n'est que bien plus tard qu'elle acceptera d'en parler publiquement : « Il fallait d'abord faire le deuil et je pensais, à ce moment-là, que la société n'était pas prête à parler du suicide d'une mère. » À l'heure où la santé mentale vient d'être érigée grande cause nationale, l'artiste est convaincue qu'il s'agit là d'un vrai problème de santé publique et veut libérer la parole tout en rendant hommage à cette mère si aimante : « La détresse psychologique de millions de gens a longtemps été mise sous le tapis, ma notoriété doit pouvoir servir à expliquer ces drames qui touchent tant de familles pour comprendre et ne pas juger. »
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La fin de vie, elle l'aborde aussi en référence à l'actualité qui continue de diviser la classe politique, avec une loi qui tarde à arriver malgré la demande d'une majorité de Français. Pour l'artiste, la question est évidemment complexe et propre à chacun : « Les personnes confrontées à la souffrance et qui se savent condamnées demandent légitiment à partir. » Elle souligne également la douleur de la famille et des proches de voir l'être aimé dans cette situation. « On ne peut évidemment pas le décider pour l'autre, mais je pense que chacun devrait pouvoir choisir sa fin de vie », affirme-t-elle.
Ce mélange de gravité et de légèreté, cette sensibilité assumée sont probablement ce qui fait d'elle une artiste populaire. Au fil de ses 40 années de carrière, du cinéma à la télévision, des scènes de onewoman-show aux planches de théâtre, Michèle Bernier n'a cessé d'incarner la bonne copine, à la fois forte et fragile, que tout le monde rêve d'avoir dans sa vie. Fan de l'acteur Hugh Grant, elle pourrait être une sorte de Bridget Jones à la française qui se joue des diktats en assumant ses coups de gueule, mais aussi ses névroses, avec beaucoup d'autodérision : « Je crois que le public a besoin de s'identifier et que l'humour est une arme merveilleuse pour toucher et rassembler. »
Alors, quand son compagnon la plaque pour une plus jeune, c'est sur scène, dans Le Démon de midi, qu'elle exorcise son histoire personnelle en adaptant celle, similaire, de Florence Cestac - histoire qui devient universelle. La femme trompée en pleine traversée de la quarantaine parle aux autres femmes. Son âge, son corps, ses choix et ses doutes, l'humoriste les assume en revendiquant son indépendance et un féminisme au discours lucide mais « sans victimisme ni larmoyance ».
À 68 ans, l'artiste dit avoir besoin de flamboyance dans sa vie. Même si elle adore ses petits-enfants Zoé et Roméo, elle déborde de projets et ne compte pas prendre sa retraite tout de suite. La comédienne est actuellement sur les planches du Théâtre de Paris dans Lily et Lily, au côté de son ami Francis Perrin. Elle y tient le double rôle de jumelles jadis interprété par son modèle Jacqueline Maillan. « Marcher sur les traces de cette grande comédienne me comble de joie. »
* Lily et Lily, de Barillet et Grédy, mise en scène de Marie-Pascale Osterrieth, jusqu'au 27 avril au Théâtre de Paris.
PODCAST. Écouter « Les héritières » de Sophie Iborra avec Michèle Bernier sur les plateformes de streaming et sur Latribune.fr