Alors que les violences conjugales ont un impact sur la vie professionnelle des victimes, Karen Noblinski, avocate pénaliste engagée dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, plaide pour étendre le dispositif de dépôt de plainte en entreprise.
En France, la grande majorité des victimes de violences conjugales exerce une activité professionnelle. On compte parmi elles près de 60 % de salariés.
Chaque matin, ces femmes et ces hommes quittent leur domicile pour se rendre au travail. Pour beaucoup, le lieu de travail constitue un lieu de répit, le seul espace où la victime se trouve physiquement éloignée de son agresseur.
Mais, nous le savons, les violences conjugales ne s'arrêtent pas aux portes du domicile, elles s'invitent aussi sur le lieu de travail. Notamment lorsque le partenaire violent use de moyens de communication numériques pour contrôler, intimider ou harceler la victime : « Où es-tu ? Que fais-tu ? Tu rentres direct, tu ne traînes pas. »
Impact sur la vie professionnelle
Tous les mécanismes propres au contrôle coercitif entrent alors en action. Les violences conjugales ont également un impact significatif sur la vie professionnelle des victimes. Selon le Conseil économique, social et environnemental, elles peuvent conduire à des absences répétées, une dégradation de la santé mentale et une baisse de productivité pour les entreprises.
Depuis plusieurs années, le monde du travail s'engage dans la lutte contre les violences faites aux femmes, et s'efforce de prévenir, de détecter les signaux faibles. L'entreprise constitue un levier essentiel pour protéger les victimes car elles peuvent y trouver une écoute bienveillante, un cadre rassurant et des informations sur les dispositifs existants. Mais nous devons aller plus loin.
Depuis 2021, des expérimentations ont été mises en place pour repousser les murs des commissariats en permettant de recueillir la parole des victimes au domicile d'un tiers, d'une association, chez un avocat ou au sein d'établissements de santé. Pour beaucoup, l'étape du dépôt de plainte demeure source d'inquiétude et les conditions pour l'accomplir dissuadent.
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En effet, si la prise en charge dans les commissariats s'est améliorée, le temps nécessaire pour porter plainte reste encore long : attente prolongée, durée du recueil... cela peut représenter plusieurs heures. Un temps précieux que toutes les victimes ne peuvent s'autoriser, de peur qu'une absence prolongée ne soit remarquée.
Ce dispositif permettrait de tendre la main à celles et ceux dont le quotidien est surveillé, épié par un partenaire violent
Il appartient désormais aux pouvoirs publics d'étendre le dispositif du dépôt de plainte aux lieux de travail. Ce dispositif permettrait de tendre la main à celles et ceux dont le quotidien est surveillé, épié par un partenaire violent. Ainsi, les forces de l'ordre pourraient se rendre directement sur le lieu de travail, dans des conditions adaptées, pour recueillir la parole des victimes en toute sérénité et faciliter cette étape cruciale pour s'extraire des violences intrafamiliales.
Il est grand temps d'offrir cette faculté aux victimes afin d'assurer une prise en charge effective, en toutes circonstances, sans qu'aucune contrainte ne vienne entraver le recueil de la parole.