Son téléphone portable vibre régulièrement et Alain Esquerre ne cesse de le consulter. Un coup c'est une radio qui lui demande une interview, un autre c'est le cabinet de François Bayrou qui cherche à le voir, souvent ce sont de longs messages de victimes qui racontent leur vie brisée par Bétharram. L'une d'elles lui envoie une vidéo en train de vomir ses tripes. Chaque jour, les douleurs engendrées par tant d'années de souffrance lui éclatent à la figure. En quelques semaines, cet homme de 53 ans aux lunettes fines s'est transformé en lanceur d'alerte, porte-parole des victimes, psychologue... un peu tout ça à la fois.
« J'ai l'impression de me jeter dans le vide, confie-t‑il dans les bureaux parisiens de son éditeur, Michel Lafon. Il faut aller au fond et tout donner. » Auteur du Silence de Bétharram (avec la journaliste Clémence Badault), il est désormais le visage de tous ceux qui ont souffert dans ce qui s'apparente aujourd'hui à l'un des plus grands scandales de pédophilie de l'histoire de l'éducation française. Pourtant, il le jure du bout de ses lèvres fines et pincées : « Alain Esquerre est un homme ordinaire. »
En réalité, depuis l'automne 2023, sa vie n'a plus rien de très banal. Un après-midi, lors de sa promenade quotidienne aux abords du sanctuaire de Bétharram, à quelques mètres de sa maison, il croise le regard d'un homme qui lui avait infligé il y a quarante ans une « dérouillée », selon son terme, devant la porte de sa classe. Il est là, à quelques mètres de lui, à accompagner de jeunes garçons. Leur impose-t‑il les mêmes sévices ? « En moi s'allume le feu », écrit-il dans son livre.