OPINION. « Le risque, condition nécessaire à la prospérité », par Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly-sur-Seine et Olivier Babeau, président de l’Institut Sapiens
Jean-Christophe Fromantin et Olivier Babeau
Jean-Christophe Fromantin et Olivier Babeau critiquent la quête excessive de sécurité de notre société.
À force de vouloir tout prévoir et tout contrôler, la créativité s'étouffe, soutiennent Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly-sur-Seine et Olivier Babeau, président de l’Institut Sapiens. Ode au risque sous-contrôle.
La vie moderne, dans son obsession croissante pour la sécurité, semble avoir oublié une vérité fondamentale : toute protection excessive peut devenir une prison. En érigeant des remparts contre les aléas de l'existence, nous courons le risque paradoxal de sacrifier la liberté et l'audace qui font la grandeur de notre humanité.
À force de vouloir éliminer le risque, ne sommes-nous pas en train d'étouffer ce qui donne du souffle à nos vies? L'équilibre entre protection et risque est une tension constante, à la fois individuelle et collective. L'être humain aspire à se prémunir contre les incertitudes tout en éprouvant un besoin irrésistible d'exploration. Cette dualité, aussi vieille que l'humanité elle-même, est aujourd'hui exacerbée par les avancées technologiques et l'intervention croissante de l'État dans nos vies.
Prenons l'exemple de la santé. Jamais l'humanité n'a été aussi bien protégée contre les maladies et les accidents. L'espérance de vie mondiale est passée de cinquante-deux ans en 1960 à soixantetreize ans en 2023 selon l'OMS. Pourtant, cette sécurité accrue s'accompagne d'une peur obsessionnelle de la moindre incertitude. Une telle approche, bien qu'animée par de louables intentions, finit par fragiliser les individus et la société. Prolonger la vie, certes, mais à quel prix? Dans quelles conditions?
À trop protéger, on diminue la capacité des organismes à développer leurs mécanismes de défense naturelle. Et on s'affaiblit. La même dynamique s'observe dans l'économie. Les régulations, bien qu'essentielles pour prévenir les abus, peuvent devenir des carcans étouffant l'innovation et l'esprit d'entreprendre. Selon une étude de l'OCDE, un excès de régulation peut réduire la croissance économique annuelle de 1 à 2 points de pourcentage. La France illustre parfaitement ce dilemme: un système social protecteur mais souvent accusé d'entraver les initiatives individuelles.
Les mesures sanitaires, bien qu'indispensables, ont parfois basculé dans un excès de précaution au prix de libertés fondamentales.
À force de vouloir tout prévoir et tout contrôler, on risque de brider la créativité, ce moteur indispensable au progrès. Le principe de précaution est devenu un frein à notre développement, alors que d'autres pays avancent sans complexe et nous distancent. Comment redonner une place au risque dans nos sociétés? Le risque, loin d'être un ennemi à éradiquer, est une condition nécessaire à la prospérité. Il est synonyme d'apprentissage, d'expérimentation, et même d'échec, car c'est souvent dans la chute que nous trouvons la force de nous relever. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, écrivait Nietzsche.
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L'éducation est un terrain crucial pour rétablir cet équilibre. En cherchant à protéger les enfants de toute forme d'adversité, nous leur rendons un bien mauvais service. La surprotection des nouvelles générations pourrait engendrer des adultes incapables de résilience face aux épreuves. Il ne s'agit pas de nier la nécessité de précautions, mais d'apprendre aux jeunes à apprivoiser le risque. Sur le plan collectif, il est urgent de revisiter nos priorités. La pandémie de Covid-19 a illustré jusqu'à la caricature cette tension entre protection et liberté.
Les mesures sanitaires, bien qu'indispensables, ont parfois basculé dans un excès de précaution au prix de libertés fondamentales. Il appartient à chacun d'entre nous de réévaluer la part de protection et de risque que nous sommes prêts à accepter. Progresser, c'est accepter l'idée que la sécurité absolue est une chimère. La vie, dans son essence, est un équilibre précaire entre l'ordre et le chaos, entre le connu et l'inconnu. En réhabilitant le risque comme un élément positif et non une menace, nous pourrions redécouvrir une liberté plus authentique.
À trop protéger, nous risquons de dépasser une ligne invisible et de perdre ce qui fait notre humanité: notre capacité à embrasser l'incertitude avec courage et créativité. C'est en acceptant le risque que nous forgeons des sociétés vivantes, dynamiques et, surtout, humaines.
Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly-sur-Seine et Olivier Babeau, président de l'Institut Sapiens sont aussi co-organisateurs des Rencontres des Sablons, qui ont pour thème «Protéger, risquer. Quel équilibre? ».